Dans la confusion, D. Trump semble vouloir terminer la guerre

Décryptages marchés24.03.2026
image de D. Trump

Que retenir de l'actualité de marché du  24  mars  2026  ?  Réponses avec le décryptage de Sebastian Paris Horvitz .

Vue d'ensemble

 Ce week-end, en seulement quelques heures, D. Trump a d’abord annoncé que ses objectifs étaient proches d’être atteints dans la guerre avec l’Iran, laissant penser que la fin des hostilités était proche. Puis est venu un message très belliqueux, adressant un ultimatum aux autorités iraniennes pour qu’elles ouvrent le détroit d’Ormuz dans les 48 heures, faute de quoi l’armée américaine allait annihiler les capacités de production d’énergie de l’Iran.
Ce message est devenu caduc hier matin, avec une nouvelle déclaration du président américain indiquant que l’ultimatum était suspendu, les discussions avec les autorités iraniennes semblant s’orienter vers une résolution du conflit. 

Malgré la confusion créée par ces messages contradictoires successifs, le marché a interprété les dernières annonces comme une véritable voie vers un possible apaisement. Ce sursaut d’optimisme est intervenu alors qu’Israël poursuivait ses attaques contre l’Iran et que les commentaires du président Trump demeuraient assez flous concernant les interlocuteurs iraniens avec lesquels les négociateurs américains étaient en train de discuter.

Ainsi, dans une telle confusion, la réaction assez positive du marché — avec, tout d’abord, le prix du baril de pétrole (Brent) terminant en forte baisse dans la journée, sous les 100 dollars, ainsi qu’un net rebond des indices boursiers en Europe et aux États-Unis et une détente des taux à long terme — pourrait être qualifiée de trop complaisante. Mais, selon nous, les atermoiements du président Trump semblent indiquer qu’il cherche réellement une voie de sortie à ce conflit, qui, à court comme à moyen terme, pourrait lui coûter non seulement économiquement, mais surtout politiquement. 

En même temps, on ne peut toujours pas ignorer les risques d’un enlisement, ou du moins la possibilité d’un conflit plus durable que ce que nous pensions. En effet, l’instabilité reste forte et les tensions dans la région demeurent très vives. Mais, à ce stade, nous conservons l’hypothèse qu’un retrait stratégique des États-Unis devrait ramener le calme relativement rapidement. 

Néanmoins, même si un retour à la normale du point de vue des prix énergétiques pourrait s’opérer assez rapidement avec l’ouverture du détroit d’Ormuz, toujours bloqué à ce jour, il faut reconnaître qu’il existe désormais davantage d’incertitude quant aux capacités de production dans la région, en raison des destructions déjà survenues.

D’ores et déjà, tout porte à croire que le prix du pétrole pourrait rester plus élevé que ce que nous anticipions. En effet, le prix moyen du baril de pétrole s’approche désormais des 100 dollars depuis le début de la guerre, et le prix du gaz en Europe demeure supérieur à 50 euros le MWh. Même en faisant l’hypothèse d’une convergence au cours de l’été vers les niveaux d’avant la guerre, l’impact négatif sur la croissance et l’inflation pourrait s’avérer plus fort, notamment en Europe. 

Le marché semble se focaliser fortement sur l’impact sur l’inflation. Alors que la hausse des prix énergétiques aura un impact mécanique sur l’évolution des prix à la consommation, malgré les possibles mesures d’atténuation que pourraient prendre les pouvoirs publics dans les différents pays, il nous semble, à ce stade, qu’à terme, ce choc aura surtout un impact négatif sur la croissance. Néanmoins, les marchés considèrent que les banques centrales vont agir en relevant leurs taux d’intérêt afin d’éviter tout dérapage dans les anticipations d’inflation.

Cette analyse, il est vrai, est également alimentée par les déclarations de nombreux banquiers centraux en Europe, que ce soit au Royaume-Uni ou en zone euro. Il semble que le “traumatisme” de la période du Covid reste très vif, période durant laquelle les banques centrales ont tardé à agir face à la multiplicité des chocs d’offre et de demande. Il n’en demeure pas moins qu’il est difficile de distinguer aujourd’hui quel choc de demande pourrait venir alimenter des effets de second tour dans la fixation des prix. 

Néanmoins, force est de constater que les opérateurs de marché anticipent désormais un nombre important de hausses des taux directeurs en Europe. 

Vu la rhétorique des banquiers centraux en Europe, il est probable que des hausses préventives des taux directeurs aient lieu dans les mois à venir. Cependant, nous n’en anticipons qu’un nombre très limité. Une surréaction des banques centrales aurait, selon nous, un effet assez négatif sur la croissance. Aux États-Unis, les attentes du marché nous paraissent plus raisonnables, avec un statu quo sur la politique monétaire en 2026. 

Devant les fortes incertitudes qui persistent à court terme, nous conservons une position de prudence dans nos allocations d’actifs. Néanmoins, notre scénario central reste celui d’une résolution du conflit au Moyen-Orient dans le mois à venir, permettant le retour de la prise de risque dans un contexte qui devrait demeurer porteur grâce aux soutiens publics à la croissance. 



Pour aller plus loin

Guerre au Moyen-Orient : L’incertitude reste forte même si les Etats-Unis semblent vouloir une sortie de crise

Les prix de l’énergie fluctuent selon les messages envoyés par les autorités américaines

Les prix de l’énergie fluctuent selon les messages envoyés par les autorités américaines

Les commentaires contradictoires de D. Trump au cours du week-end et en ce début de semaine, soufflant le chaud et le froid, continuent de provoquer une forte volatilité sur les marchés, notamment sur les prix énergétiques. En effet, après avoir déclaré en fin de semaine que les objectifs américains dans la guerre avec l’Iran étaient presque atteints et qu’une fin du conflit était proche, le président américain a changé d’avis en quelques heures et menacé l’Iran d’un ultimatum visant à annihiler ses infrastructures énergétiques si, dans les 48 heures, le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert. Puis, hier, son message est redevenu beaucoup plus modéré, indiquant que des pourparlers avec des responsables iraniens avançaient bien pour résoudre le conflit.

Il est difficile d’y voir vraiment clair, d’autant plus qu’entre-temps Israël a continué de bombarder l’Iran, et que ce dernier a riposté en visant des infrastructures énergétiques dans la région.

Quoi qu’il en soit, malgré le fait que le prix du baril de pétrole (Brent), notamment, soit déjà revenu au-dessus de 100 dollars, il nous semble que D. Trump cherche réellement à sortir les États-Unis de ce conflit. Il ne peut en effet que constater que les coûts économiques, et surtout politiques, de cette guerre risquent de devenir trop élevés alors que les élections législatives de mi-mandat, en fin d’année, approchent.

En ce sens, nous considérons toujours que le scénario le plus probable reste celui d’un arrêt relativement rapide des hostilités, plutôt qu’un enlisement.

En même temps, on constate également que les effets du conflit s’avèrent plus négatifs que ce que nous anticipions, y compris sur les prix énergétiques. Alors que nous nous attendions à des sursauts importants du prix de l’énergie au cours du conflit, nous observons désormais des niveaux bien supérieurs à la moyenne que nous prévoyions sur la période.

Le détroit d’Ormuz reste toujours fermé

Le détroit d’Ormuz reste toujours fermé

Une des raisons majeures de ces niveaux plus élevés de prix énergétiques est la persistance de la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz. Par ailleurs, alors que l’on pouvait penser que les infrastructures énergétiques (pétrole et gaz) de la région seraient préservées, force est de constater que ce n’est pas le cas. De ce fait, les risques de perturbations plus durables sur les prix, au moins à court terme, deviennent plus élevés.

En ce sens, nous pensons qu’à court terme, les risques pesant sur l’inflation et sur la croissance seront plus importants que prévu, notamment en Europe. Une perte d’au moins 0,1 point de croissance supplémentaire en 2026 nous semble très probable.

En même temps, nous continuons de penser qu’un retour progressif à la normale à la fin du 2ᵉ trimestre 2026 devrait permettre aux économies européennes, ainsi qu’à l’économie mondiale, de retrouver une dynamique plus porteuse.

Ainsi, à court terme, nous restons assez prudents dans nos allocations d’actifs, mais demeurons constructifs pour l’ensemble de l’année, avec des marchés qui devraient être soutenus par une dynamique économique plus favorable, renforcée par les impulsions publiques. 


Banques centrales : vers une surréaction ?

Des anticipations de hausses des taux directeurs fortes pour contrer la hausse des prix énergétiques

Des anticipations de hausses des taux directeurs fortes pour contrer la hausse des prix énergétiques

Devant un choc énergétique qui s’avère plus important que prévu, l’inquiétude a augmenté quant à sa diffusion durable sur l’inflation. Cette inquiétude est particulièrement présente en Europe. Ainsi, les anticipations de hausses de taux ont fortement progressé récemment, que ce soit pour la BCE ou, de manière encore plus notable, pour la Banque d’Angleterre (BoE).

Ce mouvement a été nourri par les commentaires de plusieurs banquiers centraux suggérant que la hausse des prix énergétiques pourrait provoquer des effets de second tour et “désancrer” les anticipations d’inflation.

Même si ces effets sont possibles, il nous semble, à ce stade, que le choc d’offre reflété dans les prix énergétiques doit être considéré comme tel, et qu’il serait inapproprié d’utiliser la politique monétaire pour le contrer, d’autant plus que sa nature tend plutôt à peser sur la demande.

Néanmoins, le “traumatisme” laissé par la crise du Covid semble toujours très présent, les banques centrales ayant agi trop tard à l’époque pour contrer une succession de chocs d’offre et de demande. Il nous semble toutefois que ce choc n’a rien à voir avec celui observé durant la période Covid.

Quoi qu’il en soit, au vu des commentaires des banquiers centraux, il paraît raisonnable de s’attendre à des hausses de taux. Toutefois, nous ne pensons pas que les banques centrales pourront aller très loin dans ce durcissement monétaire, notamment si les prix de l’énergie se normalisent rapidement. Ainsi, pour la BCE en particulier, il nous semble qu’une hausse des taux au maximum pourrait intervenir d’ici l’été, afin de satisfaire les gouverneurs les plus orthodoxes de l’institution. 

Les anticipations sur la Fed semblent plus raisonnables

Les anticipations sur la Fed semblent plus raisonnables

Pour la Fed, les anticipations d’évolution des taux directeurs ont également complètement changé. Elles se situent désormais très près de nos propres projections. Nous n’anticipons plus de baisse des taux directeurs cette année.

Au total, il nous semble que le risque d’une surréaction des banques centrales — qui pourrait s’apparenter à une erreur de politique économique — s’est accru. Mais nous restons sur un scénario plus raisonnable, qui devrait contribuer à préserver la croissance plutôt qu’à la compromettre.​​​​​​​​​​​​​​

Sebastian PARIS HORVITZ

Sebastian Paris Horvitz

Directeur de la Recherche

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