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Hausse des taux, tensions géopolitiques et retour des pressions inflationnistes : Sebastian Paris Horvitz revient sur les principaux événements qui marquent les marchés en cette rentrée de septembre 2026.
► Les bombardements des États-Unis sur l’Iran et la riposte de ce dernier visant des intérêts américains en Jordanie et aux Émirats ont évidemment créé de nouvelles tensions sur les prix de l’énergie. Cette attaque américaine peut surprendre, dans la mesure où la nouvelle stratégie de D. Trump semble privilégier les sanctions financières contre les entités finançant le pays.
►Il semble désormais clair qu’une résolution du conflit, accompagnée d’une ouverture totale du détroit d’Ormuz, n’est pas un scénario à privilégier à court terme. Nous pensons que nous sommes entrés dans une phase d’enlisement. Toutefois, même si celle-ci devait durer plusieurs mois, on peut penser que les hausses des prix de l’énergie devraient rester contenues. Nous avons retenu l’hypothèse de prix énergétiques (pétrole et gaz) à des niveaux élevés, mais pas suffisamment importants pour assombrir brutalement la conjoncture économique.
►Dans ce scénario, les prix de l’énergie joueront un rôle de frein à la croissance, sans pour autant constituer un obstacle majeur.
►En parallèle, un autre frein a gagné du terrain ces derniers mois : les taux d’intérêt, qui ont connu dans la plupart des pays développés une hausse considérable, les taux à long terme atteignant notamment leurs niveaux les plus élevés depuis près de deux décennies.
►Ces hausses reflètent, à notre avis, une série de facteurs. En premier lieu, il est évident que l’incertitude entourant la trajectoire des politiques budgétaires et monétaires joue un rôle important. Les déséquilibres budgétaires, déjà aggravés par les crises majeures que nous avons traversées ces dernières années (crise financière et Covid), auxquels s’ajoutent aujourd’hui de fortes pressions liées aux enjeux de sécurité et à un interventionnisme croissant, ne peuvent qu’inquiéter les investisseurs. Du côté des banques centrales, la persistance de niveaux d’inflation élevés, même si elle est essentiellement due au choc énergétique provoqué par la guerre en Iran, crée des pressions haussières sur les taux directeurs.
►Sur le plan monétaire, le discours très attendu de K. Warsh, prononcé vendredi dernier lors de la conférence de Jackson Hole organisée par la Fed de Kansas City, a contribué à renforcer les anticipations de hausse des taux directeurs américains. En effet, K. Warsh a de nouveau souligné son attachement à ramener l’inflation vers l’objectif de la Fed, soit 2 %. Surtout, pour la première fois depuis son arrivée à la tête de la Fed, il s’est exprimé sur la situation économique des États-Unis.
Son diagnostic est sans ambiguïté : l’inflation est trop élevée et la Fed doit agir, alors que l’économie américaine, notamment le marché de l’emploi, demeure solide.
►Néanmoins, la question essentielle reste de savoir quand la Fed agira et avec quelle ampleur. Nous continuons de penser qu’elle attendra la fin de la séquence politique des élections législatives de mi-mandat, prévues début novembre, avant d’intervenir. Nous prévoyons donc une hausse des taux en fin d’année, suivie d’une autre au début de l’année 2027.
Dans le même temps, K. Warsh a créé son propre problème de crédibilité en critiquant fortement la persistance d’une inflation élevée sans toutefois agir réellement. Dès lors, à la suite de son discours et afin de restaurer sa crédibilité, il est possible qu’il décide d’intervenir plus rapidement.
►Du côté des statistiques, outre-Atlantique, alors que le pays se dirige vers les élections de mi-mandat, l’enquête de l’Université du Michigan sur la confiance des consommateurs pour le mois d’août n’a pas apporté de bonnes nouvelles au gouvernement, avec une nouvelle dégradation de cet indicateur. En particulier, les anticipations d’inflation à moyen et long terme (5 à 10 ans) demeurent dans le haut de leur fourchette historique.
► En zone euro, les chiffres de l’inflation pour le mois d’août, qui ont commencé à être publiés la semaine dernière, montrent une accélération sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. En France, elle est passée à 2,7 % en glissement annuel, en Allemagne à 2,9 % et en Espagne à 4,5 %.
Dans le même temps, il est rassurant de constater qu’à ce stade, les craintes d’effets de second tour ne sont pas véritablement visibles, les taux d’inflation sous-jacente restant contenus.
►Les chiffres de l’inflation pour l’ensemble de la zone euro seront publiés aujourd’hui. L’inflation globale devrait dépasser 3 %, mais l’information la plus importante concernera l’inflation sous-jacente. Selon nous, celle-ci devrait rester stable autour de 2,5 %, ce qui constituerait un facteur rassurant pour la BCE.
Néanmoins, une nouvelle hausse des taux directeurs ce mois-ci ou le mois prochain paraît presque certaine. Par la suite, la BCE devra faire preuve de prudence dans la conduite de sa politique monétaire, en particulier si les effets de second tour redoutés ne se matérialisent pas. À notre avis, le marché demeure trop agressif dans ses anticipations de hausses futures.
►En Chine, les premières statistiques relatives à la conjoncture ont montré que la situation intérieure ne s’améliore pas. En effet, les PMI officiels du secteur des services sont restés déprimés, juste en dessous du seuil d’expansion. Cela plaide en faveur d’une nouvelle impulsion ciblée de la part du gouvernement afin de soutenir la demande intérieure.
Pour aller plus loin

La remontée des taux souverains à long terme a évidemment marqué l’été, avec une poussée de fièvre sur les marchés obligataires.
Ces hausses semblent refléter une multitude de pressions qui s’exercent sur les taux longs.
Néanmoins, les éléments essentiels tiennent, à notre avis, à l’incertitude qui entoure la trajectoire des politiques budgétaires et monétaires.
On le sait, la situation budgétaire de nombreux pays s’est fortement dégradée au cours de la dernière décennie, à la suite de crises de très grande ampleur. Mais la période récente, marquée par des tensions géopolitiques croissantes, exerce une pression supplémentaire sur les finances publiques, notamment dans le domaine de la sécurité.
Par ailleurs, les tentations interventionnistes et populistes observées dans de nombreux pays viennent amplifier la fragilité des comptes publics.
Il est difficile d’imaginer que ces facteurs puissent se dissiper rapidement. Dans ce contexte, les pressions sur les taux à long terme risquent de perdurer.
De même, sur le plan monétaire, le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran est venu ajouter une pression supplémentaire sur les banques centrales, alors même que la lutte contre l’inflation n’avait pas encore pleinement abouti, c’est-à-dire ramené l’inflation vers les objectifs fixés par les banques centrales.
C’est notamment le cas aux États-Unis. D’ailleurs, c’est le message que porte K. Warsh depuis son arrivée à la tête de la Fed. Néanmoins, tout en alertant sur les risques inflationnistes et en soulignant notamment qu’il n’est pas acceptable que l’inflation demeure durablement au-dessus de la cible de 2 % depuis si longtemps (depuis 2021, l’inflation mesurée par le déflateur de la consommation est restée très supérieure à cet objectif), il n’a pas véritablement agi, ce qui a quelque peu entamé sa crédibilité.
Son discours à Jackson Hole, vendredi dernier, avait justement pour objectif de restaurer cette crédibilité, avec une analyse de la conjoncture américaine ne laissant guère de place au doute quant à la nécessité de poursuivre la lutte contre l’inflation.
Reste à savoir quand cette intervention aura lieu. Compte tenu de la situation politique américaine, nous pensons qu’il pourrait attendre le résultat des élections de mi-mandat de début novembre avant d’agir. Néanmoins, le déficit de crédibilité qu’il a lui-même créé pourrait le pousser à intervenir plus tôt, avec le soutien d’un nombre croissant de membres du comité de politique monétaire de la Fed.
Cet élément d’incertitude concernant la trajectoire future de la Fed pourrait donc continuer à peser sur les taux.

Dans le même temps, et c’est un élément rassurant, les anticipations d’inflation observées sur les marchés restent bien ancrées des deux côtés de l’Atlantique.

Ce sont avant tout les incertitudes sur l’avenir qui semblent peser sur les taux longs, notamment celles liées à l’orientation future des politiques publiques. Cette situation se reflète notamment dans la hausse des primes de terme.
Par ailleurs, face à l’ampleur des investissements consacrés au développement de l’intelligence artificielle (IA), il est probable que la concurrence pour l’allocation des capitaux entre les différentes classes d’actifs contribue également à exercer une pression haussière sur les taux d’intérêt. Cet effet pourrait être renforcé par des anticipations de croissance plus élevées, alimentées par les gains de productivité attendus de l’IA.
Dans ce contexte, il nous semble nécessaire de rester particulièrement agiles dans la gestion des expositions aux taux souverains. Il faut également intégrer l’idée que les taux d’intérêt devraient demeurer élevés pendant encore un certain temps.
États-Unis : la confiance des consommateurs reste déprimée

L’enquête finale de l’Université du Michigan sur la confiance des ménages est ressortie en baisse. Elle demeure à des niveaux particulièrement déprimés.
Cela ne constitue évidemment pas une bonne nouvelle pour le gouvernement en place à deux mois des élections de mi-mandat.

Plus inquiétant encore, cette dégradation concerne l’ensemble des sensibilités politiques, y compris les ménages se déclarant proches du Parti républicain.
Les inquiétudes liées à la situation économique continuent de dominer, notamment concernant l’inflation. Rappelons que ce sujet avait joué un rôle déterminant dans le rejet du candidat démocrate lors de la dernière élection présidentielle.Ainsi, les anticipations d’inflation à long terme demeurent dans le haut de leur fourchette historique.
Dans le même temps, il convient de souligner que malgré ce faible niveau de confiance, la dynamique de consommation reste relativement solide aux États-Unis, grâce notamment à un marché du travail qui résiste bien. Cela constitue toujours un soutien important aux perspectives de croissance du pays pour les prochains trimestres.
Chine : l’activité intérieure reste faible

Les PMI officiels du mois d’août sont ressortis relativement faibles, les services restant notamment en territoire de contraction.
L’économie chinoise continue ainsi d’être principalement portée par l’industrie et par le secteur exportateur, tandis que la demande intérieure demeure faible. Par ailleurs, le marasme du secteur immobilier persiste.
Afin de corriger cette dynamique et d’atteindre ses objectifs de croissance du PIB, compris entre 4,5 % et 5 %, d’autant plus dans un contexte où de nouvelles tensions émergent avec les États-Unis, il est très probable que les autorités chinoises mettent en œuvre prochainement de nouvelles mesures de soutien ciblées en faveur de l’économie domestique.

Sebastian Paris Horvitz
Directeur de la Recherche