Lien

Entre tensions géopolitiques, remontée des prix de l'énergie et pressions persistantes sur l'inflation, Xavier Chapard analyse les principaux facteurs qui influencent les marchés en cette rentrée de septembre 2026.
► Depuis la reprise des bombardements au Moyen-Orient le week-end dernier, le discours des autorités américaines reste contradictoire. Donald Trump affirme que les frappes seront « de courte durée », tandis que son secrétaire d'État indique qu'elles se poursuivront tant que les Iraniens menaceront les voies maritimes. Dans le même temps, l'armée américaine continue de déployer des renforts dans la région.
► Quoi qu'il en soit, la pression continue de s'accentuer sur les prix de l'énergie, avec un pétrole repassé au-dessus de 95 dollars le baril pour la première fois depuis juillet et, surtout, un prix du gaz en Europe dépassant 70 EUR/MWh pour la première fois depuis le début de l'année 2023.
► Nous avons modifié notre scénario central sur l'Iran au cours de l'été, passant d'une hypothèse de résolution rapide de facto du conflit à celle d'un enlisement. Dans ce contexte, nous anticipons que les prix de l'énergie resteront élevés dans les prochains mois, mais sans nouveau choc majeur. Les risques autour de ce scénario apparaissent aujourd'hui plus équilibrés, entre une escalade militaire plus importante et la possibilité d'un accord rapide.
► Compte tenu de la résilience de l'économie mondiale face au choc observé au premier semestre, l'impact sur notre scénario macroéconomique devrait, selon nous, se traduire par un léger ralentissement de la croissance dans la seconde partie de l'année, sans remettre en cause sa dynamique globale. Dans ce cadre, la nouvelle hausse du PMI mondial en août, à son plus haut niveau depuis trois ans, constitue un signal rassurant, d'autant que cette amélioration est relativement généralisée.
►En revanche, l'inflation devrait rester trop élevée pendant une période plus longue, même si les effets de second tour demeurent limités et que nous anticipons un net ralentissement de l'inflation dans la seconde moitié de l'année prochaine. Cette analyse est confortée par les chiffres de la zone euro : l'inflation a atteint 3,3 % en août, son plus haut niveau depuis 2023, sous l'effet de la nouvelle hausse des prix de l'énergie. Elle pourrait encore accélérer dans les prochains mois, notamment si l'inflation alimentaire repart plus franchement à la hausse.
►Cela étant, l'inflation sous-jacente a légèrement ralenti en août, en particulier dans les services, ce qui suggère que la transmission du choc énergétique à l'inflation domestique reste limitée, six mois après le début de celui-ci.
►Au total, une croissance relativement résiliente associée à une inflation durablement élevée renforcerait la pression exercée sur les banques centrales à court terme. Nous anticipons désormais deux nouvelles hausses de taux de la part de la Fed et de la BCE d'ici au premier trimestre 2027.
►Toutefois, si notre scénario d'effets de second tour limités se confirme, nous estimons que les banques centrales n'auront pas besoin de relever leurs taux autant que ce que les marchés anticipent actuellement. Cela pourrait permettre aux taux d'intérêt de se stabiliser à court terme, même si d'autres facteurs, notamment les incertitudes politiques et budgétaires, continuent d'alimenter le risque d'une nouvelle hausse.
► Ce risque ne doit pas être sous-estimé. Compte tenu des niveaux déjà atteints par les taux longs, globalement au plus haut depuis le début des années 2000 dans les économies développées, une nouvelle remontée rapide pourrait peser plus sensiblement sur les marchés d'actifs risqués et sur les perspectives économiques.
Pour aller plus loin

Le PMI composite mondial, le meilleur indicateur coïncident de l'économie mondiale, montre que la croissance globale reste solide cet été, voire qu'elle accélère légèrement. Cela soutient la reprise des bénéfices des entreprises, au-delà des seuls secteurs de la technologie et de l'énergie, et justifie que les taux d'intérêt et les marchés actions évoluent à des sommets cycliques.
Le PMI a de nouveau progressé nettement en août pour atteindre 53,5 points. Il repasse ainsi au-dessus de son niveau d'avant le conflit en Iran et de sa moyenne historique. Il atteint même son plus haut niveau depuis plus de trois ans.

Cette hausse apparaît par ailleurs largement généralisée. D'un point de vue sectoriel, l'activité reste solide dans l'industrie après son redressement du premier semestre, mais l'amélioration est désormais plus marquée dans les services.
Sur le plan géographique, le PMI progresse dans près des trois quarts des pays couverts par l'enquête, ce qui confirme l'élargissement de la dynamique de croissance mondiale.

Malgré cette tendance favorable, nous pensons que la conjoncture pourrait ralentir légèrement dans les prochains mois sous l'effet de la remontée des tensions géopolitiques, de la hausse des prix de l'énergie, du niveau élevé des taux d'intérêt et des incertitudes politiques liées aux échéances électorales et budgétaires en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Cela étant, l'économie mondiale s'est montrée beaucoup plus résiliente qu'attendu depuis un an malgré des chocs majeurs, qu'ils soient géopolitiques, commerciaux ou énergétiques. Nous traversons ainsi la plus longue période de surprises macroéconomiques positives depuis la crise financière mondiale, et ces surprises ne se limitent plus aux États-Unis.
Cette dynamique, portée par un cycle d'investissement particulièrement robuste et par des soutiens budgétaires significatifs, devrait se poursuivre. Ainsi, malgré quelques vents contraires à court terme, nous continuons d'anticiper la poursuite du cycle de croissance mondial dans les prochains trimestres.
C'est pourquoi nous adoptons une approche un peu plus prudente tactiquement dans notre allocation d'actifs à court terme, tout en restant constructifs d'un point de vue structurel.
États-Unis : la solidité de l'activité et la résilience de l'emploi maintiennent la pression sur la Fed

Les PMI ont fortement progressé en août pour atteindre leur plus haut niveau depuis 2022, voire davantage selon les enquêtes. Le PMI de S&P Global ressort à 56 points, tandis que celui de l'ISM atteint 55,4 points.
Ces indicateurs signalent une réaccélération de l'activité après le ralentissement modéré observé en début d'année, à un rythme supérieur au potentiel de croissance de l'économie américaine. Cette amélioration est principalement portée par les services, tandis que le secteur manufacturier demeure à des niveaux élevés.
Nous anticipions une croissance positive mais modérée cet été, en raison de l'érosion du pouvoir d'achat réel des ménages, une hypothèse confortée par des statistiques légèrement moins favorables au cours de l'été. Toutefois, les indicateurs avancés suggèrent désormais des risques orientés à la hausse pour ce scénario.
Cette résistance s'explique notamment par le boom des investissements liés à l'intelligence artificielle et par une hausse des prix de l'énergie plus contenue qu'ailleurs dans le monde. En revanche, le récent rebond des taux d'intérêt pourrait constituer un frein modéré à l'activité au quatrième trimestre.

Le bond de l'ISM des services, de 54,1 à 55,4 points en août, repose sur des composantes particulièrement solides.
La progression de la production et des nouvelles commandes suggère que la demande demeure robuste. En revanche, l'indice de l'emploi reste légèrement en territoire de contraction, malgré une amélioration marginale. Cela traduit une certaine prudence des entreprises malgré un environnement économique favorable.
Dans le même temps, l'indice des prix payés du secteur des services continue de progresser et atteint son plus haut niveau depuis mi-2022.
Les entreprises interrogées soulignent notamment l'impact des droits de douane et des tensions au Moyen-Orient sur leurs coûts. Cela confirme que les pressions inflationnistes restent importantes au-delà du seul effet des prix de l'énergie et renforce le risque d'un ralentissement plus lent de l'inflation vers la cible de la Fed.

Avant la publication du rapport officiel sur l'emploi d'août, attendue cet après-midi, les indicateurs disponibles suggèrent un léger ralentissement des créations d'emplois après le rebond observé au deuxième trimestre.
Pour autant, celles-ci resteraient suffisantes pour maintenir l'économie proche du plein emploi. Cette situation est cohérente avec une offre de travail limitée et un niveau toujours faible des licenciements.
Selon les enquêtes privées, notamment celle d'ADP, l'emploi privé aurait progressé de moins de 50 000 postes en août. Dans le même temps, les demandes d'allocations chômage et les licenciements continueraient de reculer légèrement, tandis que le ratio entre offres d'emploi et chômage se stabiliserait à un niveau favorable.
Si les chiffres officiels ne réservent pas de surprise majeure, le diagnostic de la Fed selon lequel le marché du travail reste globalement à l'équilibre devrait être confirmé.
Ainsi, même si le ralentissement des créations d'emplois plaide plutôt en faveur de la patience, la solidité de l'activité limite le risque d'une dégradation marquée de l'emploi. L'attention de la Fed devrait donc continuer de se concentrer davantage sur son mandat de stabilité des prix que sur celui relatif à l'emploi.
Le risque d'une hausse des taux dès septembre progresse, même si notre scénario central demeure celui d'une hausse en décembre, suivie d'une autre au premier trimestre 2027.
Zone euro : une inflation plus élevée qui justifie des hausses de taux mesurées

L'inflation en zone euro a accéléré en août, passant de 2,9 % à 3,3 % en glissement annuel.
Cette hausse était largement attendue puisqu'elle reflète principalement le rebond des prix de l'énergie observé depuis juillet. Elle conduit néanmoins l'inflation à son niveau le plus élevé depuis 2023.
Si les prix de l'énergie, notamment du gaz et de l'électricité, restent durablement élevés dans un scénario d'enlisement du conflit au Moyen-Orient, et si l'inflation alimentaire repart à la hausse après être restée limitée jusqu'à présent (1,2 %), l'inflation pourrait continuer d'augmenter et demeurer nettement supérieure à 3 % au cours des prochains mois.

En revanche, six mois après le début du conflit en Iran, les effets de second tour restent peu visibles.
L'inflation sous-jacente a légèrement reculé en août, passant de 2,5 % à 2,4 %, alors que le consensus anticipait une stabilité. Elle ralentit également en rythme séquentiel après l'accélération observée au printemps.

Le ralentissement de l'inflation sous-jacente provient principalement des services, où l'inflation recule à 3,0 %, son plus bas niveau depuis 2022.
Cette modération a probablement été amplifiée par la faible progression des prix dans le secteur du tourisme, particulièrement volatil et sensible à l'évolution des prix de l'énergie. Elle suggère néanmoins que les tensions domestiques et la transmission de la hausse des coûts aux prix finaux demeurent limitées.
À l'inverse, l'inflation des biens hors énergie et alimentation a continué d'accélérer pour atteindre 1,2 %. Cette évolution semble davantage liée à la hausse des prix des biens technologiques, phénomène désormais également visible en Europe.

Au total, l'inflation devrait continuer de progresser légèrement dans les prochains mois sous l'effet des prix du gaz et de l'électricité, tandis que l'inflation sous-jacente devrait rester relativement stable autour de 2,5 %.
Nous anticipons toutefois un ralentissement plus marqué à partir du printemps prochain, car nous estimons que les effets de second tour sur les salaires et sur les prix des services resteront contenus.
Pour la BCE, même si l'inflation actuelle demeure légèrement inférieure aux projections formulées en juin, la hausse plus forte que prévu des prix du gaz et de l'électricité devrait conduire l'institution à relever ses prévisions d'inflation pour fin 2026 et 2027.
Combinés à la résilience de la croissance observée depuis le choc énergétique du premier semestre, ces éléments justifient selon nous une nouvelle hausse de taux la semaine prochaine ainsi que le maintien d'un biais restrictif dans la communication de la BCE.
Toutefois, l'absence de diffusion significative de la hausse des prix de l'énergie au reste de l'économie constitue un élément rassurant. Les pressions domestiques apparaissent nettement moins fortes qu'en 2022, ce qui limite le risque d'une inflation durablement plus élevée.
La BCE ne devrait donc pas adopter un ton sensiblement plus restrictif que celui déjà intégré par les marchés, lesquels anticipent désormais une hausse supplémentaire des taux l'année prochaine.

Xavier Chapard
Adjoint au Directeur de la Recherche