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Que retenir de l'actualité de marché du 28 août 2026 ? Réponses avec le décryptage de Sebastian Paris Horvitz .
►Les informations concernant un éventuel accord entre Oman et l’Iran sur la mise en place d’un couloir de passage pour les pétroliers dans le détroit d’Ormuz ont permis d’atténuer quelque peu les tensions sur les prix de l’énergie, notamment du pétrole et du gaz. Néanmoins, à ce stade, aucun élément concret ne permet de confirmer la viabilité de cette initiative. Le détroit d’Ormuz demeure pratiquement fermé, même si certains observateurs des flux maritimes signalent une reprise de l’activité malgré les risques. Le prix du pétrole (Brent) a légèrement reculé et évolue autour de 87 dollars le baril, tandis que le prix du gaz en Europe reste proche de ses plus hauts niveaux, à 68 euros le MWh.
►L’absence de normalisation de cette voie maritime essentielle au marché énergétique mondial demeure un facteur de contrainte pour l’économie mondiale et constitue un risque susceptible de fragiliser notre scénario de reprise de la croissance, en particulier en Europe.
►En même temps, malgré l’obstacle énergétique et l’incertitude qu’il peut engendrer, il semble que la reprise cyclique, qui avait retrouvé son élan en juillet dans de nombreux pays, soit toujours présente. En effet, comme nous l’avons déjà indiqué, les enquêtes préliminaires PMI de S&P pour le mois d’août ont montré que l’activité industrielle, notamment en Europe, résiste.
►En particulier, l’activité industrielle en Allemagne a retrouvé un fort dynamisme. Le PMI manufacturier a atteint son niveau le plus élevé depuis plus de quatre ans. Cette amélioration s’est également reflétée dans l’enquête de l’IFO pour le mois d’août, avec un indice composite du climat des affaires qui repasse au-dessus de son niveau de février dernier, avant le début de la guerre en Iran.En particulier, l’activité industrielle en Allemagne a retrouvé un fort dynamisme. Le PMI manufacturier a atteint son niveau le plus élevé depuis plus de quatre ans. Cette amélioration s’est également reflétée dans l’enquête de l’IFO pour le mois d’août, avec un indice composite du climat des affaires qui repasse au-dessus de son niveau de février dernier, avant le début de la guerre en Iran.
►Néanmoins, cette trajectoire plus favorable de l’activité industrielle ne parvient pas à entraîner le reste de l’économie. En effet, la consommation demeure atone, ce qui peut expliquer la dégradation de l’activité dans les services observée en août. Toutefois, l’enquête du GfK sur la confiance des ménages pour le mois de septembre a délivré un signal plus encourageant, avec la poursuite de son amélioration. Il convient néanmoins de rester prudent quant à la corrélation entre confiance et consommation. D’autant que le choc énergétique demeure présent et que le climat politique du pays ne plaide pas nécessairement en faveur d’un regain d’optimisme. Les élections régionales prévues en septembre dans deux Länder de l’Est, où l’AfD (extrême droite) pourrait l’emporter, constituent un signe tangible du mécontentement qui traverse le pays.
►Les chiffres détaillés du PIB allemand au deuxième trimestre 2026 montrent clairement que la consommation demeurait faible, mais plus encore l’investissement. Le retour d’une demande intérieure plus robuste en Allemagne constitue un élément essentiel pour consolider la reprise de l’économie du pays. Il faudra sans doute compter sur la poursuite de la stimulation budgétaire actuellement à l’œuvre pour permettre à la reprise de se diffuser plus largement, y compris afin de soutenir davantage l’ensemble de l’économie européenne.
►Aux États-Unis, la deuxième estimation de la croissance du PIB pour le deuxième trimestre 2026 n’a apporté aucune modification à la croissance globale, toujours estimée à 1,5 % en rythme annualisé. En revanche, la croissance de la consommation a été révisée à la hausse (3,4 % en rythme annualisé, contre 3,2 % précédemment), montrant que le choc énergétique, en particulier, n’est pas venu freiner l’appétit des ménages pour la consommation. Toutefois, les chiffres des dépenses de consommation pour le mois de juillet ont montré une stagnation.
►Ainsi, en juillet, il semblerait que la persistance d’une inflation élevée ait pesé sur la consommation, mais aussi que l’anxiété liée aux perspectives économiques, notamment en matière d’emploi, ait contribué à son ralentissement. Toutefois, compte tenu du fort rebond de l’activité dans les services en août, il est possible que la consommation continue de surprendre favorablement et retrouve de l’élan, d’autant plus que le marché de l’emploi demeure relativement solide.
►Parallèlement, l’investissement demeure l’autre moteur de la croissance, ayant apporté une contribution importante à l’expansion du PIB au deuxième trimestre 2026 (1,2 point de pourcentage). Cette performance reflète principalement la poursuite des investissements dans les secteurs liés au développement de l’intelligence artificielle. Les commandes de biens d’investissement ont continué de progresser fortement en juillet. Cette dynamique est cohérente avec l’évolution des marchés boursiers, les investisseurs continuant de privilégier les entreprises bénéficiant du déploiement des infrastructures liées à l’intelligence artificielle.
►Il n’en demeure pas moins que l’inflation, mesurée par le déflateur des dépenses de consommation des ménages (PCE), l’indicateur privilégié par la Réserve fédérale américaine (Fed), reste relativement élevée en glissement annuel. Certes, elle a progressé de manière modérée en juillet, conformément aux attentes, mais l’inflation totale a néanmoins accéléré à 3,7 %, tandis que l’inflation sous-jacente s’est maintenue à 3,3 %. Soulignons également que l’inflation des services, bien qu’en très léger recul, demeure proche de 3,9 %.
►Malgré son niveau toujours élevé, le fait que l’inflation se soit quelque peu modérée devrait écarter une hausse des taux directeurs en septembre. Néanmoins, nous tablons toujours sur un relèvement des taux en fin d’année. Le discours de K. Warsh lors de la conférence de Jackson Hole, ce soir, pourrait apporter un certain éclairage aux marchés. Toutefois, son style de communication et son opposition à fournir aux marchés des indications sur l’orientation future de la politique monétaire pourraient les décevoir et accroître l’incertitude.
Pour aller plus loin

De nombreuses incertitudes pèsent sur les perspectives économiques, notamment en raison d’un marché pétrolier qui demeure fortement perturbé par la persistance du blocage du détroit d’Ormuz. Toutefois, de nombreux indicateurs économiques continuent d’être bien orientés. En particulier, dans de nombreux pays, le cycle industriel fait preuve de résilience et continue même, dans certains cas, de s’améliorer.
Cette embellie industrielle est particulièrement marquée en Europe, notamment en Allemagne. Ainsi, après la nouvelle hausse significative de l’enquête préliminaire de S&P Global pour le secteur manufacturier, l’enquête de l’IFO auprès des entreprises allemandes a confirmé ce regain d’optimisme. L’indicateur des anticipations se rapproche désormais du niveau qu’il affichait avant le début de la guerre en Iran.
Il semble donc que le vaste plan de relance publique, toujours en cours, consacré aux infrastructures et à la défense, ait contribué à consolider le redressement du cycle industriel. Par ailleurs, cette amélioration constitue également un phénomène mondial, ce qui exerce un effet multiplicateur sur la demande adressée au secteur.

De fait, la publication des détails relatifs aux composantes de la demande ayant contribué à la croissance du PIB au deuxième trimestre 2026 montre que la contribution la plus importante est, une nouvelle fois, venue du secteur exportateur. À l’inverse, la demande intérieure est restée à la traîne.
En particulier, l’investissement peine à redémarrer, tandis que le rebond de la consommation, bien que bienvenu, demeure très modéré.

Donnant un souffle d’espoir quant aux perspectives économiques, l’enquête GfK sur la confiance des ménages pour septembre a surpris en ressortant en hausse. Cette amélioration de la confiance peut constituer un premier signe que l’embellie observée dans l’industrie se diffuse à une partie de l’économie. Évidemment, il convient de rester prudent au vu de l’enquête plus décevante de S&P sur l’activité des services en août.
Surtout, le choc énergétique n’est pas encore derrière nous en Europe, avec notamment des prix du gaz qui demeurent très élevés. En outre, le climat politique reste tendu et peut également alimenter l’anxiété. Deux des élections régionales qui se tiendront en septembre concernent des Länder de l’est du pays, où l’extrême droite a réalisé de fortes percées. En particulier, dans le Land de Saxe-Anhalt, la possibilité que l’AfD obtienne la majorité est élevée. Une telle issue pourrait encore affaiblir la coalition au pouvoir.
Quoi qu’il en soit, nous tablons toujours sur la poursuite de cette reprise cyclique en zone euro, même si la contrainte énergétique demeure une source majeure d’incertitude. Par ailleurs, la forte remontée des taux d’intérêt au cours du dernier mois constitue une nouvelle contrainte pour l’expansion économique. Nous continuons à penser que la BCE relèvera encore une fois ses taux directeurs, mais nous restons dubitatifs quant à la nécessité d’un resserrement monétaire plus important. Néanmoins, ce risque existe, les anticipations de marché demeurant plus agressives que les nôtres.
États-Unis : la consommation reste le principal moteur de la croissance

Dans la dernière publication relative à la croissance du PIB américain, le taux d’expansion est resté inchangé à 1,5 % en rythme annualisé. Néanmoins, les contributions des différentes composantes de la demande à la croissance ont été révisées, faisant apparaître une contribution encore plus importante de la consommation. En effet, la contribution de la consommation atteint 2,3 points de pourcentage, ce qui en fait de loin le principal moteur de la croissance du PIB au deuxième trimestre 2026. Cela représente un net rebond par rapport au premier trimestre 2026 et s’explique en partie par des transferts publics intervenus en début de trimestre. Toutefois, cette vigueur de la consommation demeure surprenante au regard de l’ampleur du choc énergétique.
Parallèlement, la résilience de l’activité, tant dans l’industrie que dans les services, qui permet au marché du travail de rester relativement solide, peut expliquer cette résistance. Il convient de souligner que, du côté de l’industrie, malgré une perte de dynamisme observée récemment, les secteurs liés à l’intelligence artificielle continuent de constituer un puissant moteur de l’expansion économique outre-Atlantique. Il s’agit d’ailleurs de l’un des principaux facteurs qui soutiennent encore la progression des marchés boursiers américains.

Parallèlement, les données de juillet relatives aux dépenses des ménages en volume se sont révélées plutôt décevantes, avec une stagnation de la consommation en termes réels.
Toutefois, il est difficile d’envisager, à ce stade, un ajustement marqué de la consommation. En effet, non seulement les indices PMI des services ont fortement rebondi en août, mais les données du marché du travail continuent également de témoigner d’une certaine solidité. En particulier, les statistiques relatives aux demandes d’allocations chômage demeurent à des niveaux très modérés et ne signalent pas de dégradation notable.
Nous estimons néanmoins qu’un ralentissement de la consommation devrait se dessiner au troisième trimestre 2026, sous l’effet de prix de l’énergie qui restent élevés et d’un coût du crédit accru par la hausse des taux d’intérêt.
Un facteur important dans la dynamique de l’inflation demeure l’évolution des prix, alors que la progression des salaires s’est modérée.L’inflation en juillet, mesurée par le déflateur des dépenses de consommation des ménages (PCE), l’indicateur privilégié par la Fed, est ressortie légèrement supérieure aux attentes, tout en ralentissant par rapport au mois précédent.
Toutefois, l’inflation globale reste élevée, progressant de 3,7 % en glissement annuel, tandis que l’inflation sous-jacente demeure inchangée à 3,3 %.
Dans le même temps, l’inflation des services montre peu de signes de modération, sa progression restant proche de 3,9 % en glissement annuel.

Les indicateurs de tendance pointent vers la poursuite de la modération de l’inflation, mais à un rythme très graduel. C’est notamment le cas de l’indicateur de la Réserve fédérale de Dallas, qui exclut les prix des biens et services ayant enregistré des variations extrêmes au cours du mois.
Si l’inflation demeure trop élevée et constitue un facteur défavorable à la consommation des ménages, les derniers chiffres devraient être perçus par la Réserve fédérale (Fed) comme relativement rassurants. Ils ne permettront pas de trancher le débat entre les membres les plus orthodoxes du comité de politique monétaire, favorables à un durcissement de la politique monétaire, et ceux qui s’y opposent. Ils devraient toutefois conduire au maintien des taux directeurs à leur niveau actuel lors de la réunion de septembre.
Compte tenu du niveau actuel de l’inflation et de sa trajectoire, mais surtout des prises de position de K. Warsh, nous continuons de tabler sur une hausse des taux directeurs d’ici à la fin de l’année.
Les marchés se focaliseront toutefois principalement, ce vendredi, sur le discours de K. Warsh à la conférence de Jackson Hole afin de déterminer si le président de la Fed donnera des indications sur son interprétation des récents développements économiques et financiers ainsi que sur l’orientation future de la politique monétaire. Nous pensons que, s’il devrait une nouvelle fois réaffirmer son engagement à ramener l’inflation vers l’objectif de 2 %, son intervention apportera peu d’éléments concrets quant à ses intentions en matière de politique monétaire.
Une surprise viendrait d’une éventuelle prise de position sur les annonces d’intervention sur le marché obligataire formulées par S. Bessent, secrétaire au Trésor.

Sebastian Paris Horvitz
Directeur de la Recherche