L’emploi américain confirme sa solidité en août

Décryptage marché08.09.2026
photo chaine - pour illustrer la solidité

Entre résilience de l'activité mondiale, solidité de l'emploi américain et tensions persistantes sur les marchés de l'énergie, Sebastian Paris Horvitz, Directeur de la Recherche, décrypte les principaux moteurs des marchés en ce début de septembre.

Vue d'ensemble

 Alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran entre dans son septième mois, les échanges de frappes continuent d’alimenter les tensions sur les marchés de l’énergie. Le baril de pétrole Brent reste proche de 97 dollars, tandis que le prix du gaz en zone euro évolue à un plus haut depuis plusieurs années, à 73 euros par MWh.

 Il reste difficile de discerner la stratégie de sortie de crise des États-Unis, ce qui renforce le scénario d’un enlisement du conflit. Néanmoins, les flux qui transitent déjà par le détroit d’Ormuz, combinés à une demande mondiale encore relativement modérée, permettent d’éviter un choc plus important sur les prix de l’énergie.

 Par ailleurs, les autorités iraniennes ont annoncé qu’un accord avec Oman visant à réguler le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz serait imminent. Si cet accord était également accepté par les États-Unis, les flux commerciaux pourraient progressivement retrouver un fonctionnement plus normal, apportant un soulagement aux marchés énergétiques. Toutefois, une forte incertitude demeure à ce stade.

 En zone euro, le résultat historique de l’AfD lors des élections régionales dans le Land allemand de Saxe-Anhalt place le parti aux portes du pouvoir. Malgré près de 44 % des suffrages, il lui manque trois sièges pour obtenir une majorité et prendre la tête du Land. Les responsables des autres formations politiques ont toutefois réaffirmé leur refus de gouverner avec l’AfD.

 Il reste donc à voir si une coalition dite « anti-AfD » pourra être constituée pour gouverner la région. Une chose est sûre : le gouvernement allemand sort fragilisé de ce scrutin, avec notamment un recul historique de la CDU, le parti du chancelier Friedrich Merz. Pour le reste de l’Europe, le signal apparaît également préoccupant, compte tenu du poids électoral atteint par un parti eurosceptique et favorable à un rapprochement avec la Russie.

 Néanmoins, cette évolution politique ne devrait pas remettre en cause la mise en œuvre du plan de relance actuellement en cours, qui devrait continuer à soutenir l’économie allemande et plus largement l’économie européenne.

 Dans ce contexte, les dernières statistiques économiques de la zone euro demeurent relativement bien orientées et continuent de surprendre favorablement les analystes. Le PIB de la zone a notamment été révisé à la hausse pour le deuxième trimestre 2026, à 0,6 %.

 Cette révision reflète toutefois principalement la très forte croissance enregistrée en Irlande (+10,2 %), liée à une progression importante des revenus des multinationales. Hors Irlande, la croissance ressort à 0,3 % sur le trimestre, tandis que l’économie française a stagné.

 Parallèlement, l’indice Sentix de confiance des investisseurs a rebondi assez nettement en septembre, atteignant son plus haut niveau depuis le début de l’année 2022. Cette évolution est encourageante et même surprenante dans un contexte où le choc énergétique continue de peser sur la zone euro. Néanmoins, la dynamique de reprise cyclique demeure favorable.

 Aux États-Unis, le rapport sur l’emploi du mois d’août s’est révélé nettement plus solide qu’attendu. Selon l’enquête auprès des entreprises, les créations d’emplois ont atteint 162 000 sur le mois, tandis que les chiffres des mois précédents ont été révisés à la hausse.

 Par ailleurs, le taux de chômage est resté stable à 4,1 %. Le taux de participation a même légèrement rebondi, mettant fin à la tendance baissière observée depuis le début de l’année.

 Les salaires ont également progressé à un rythme légèrement supérieur à celui du mois précédent, même si leur croissance en glissement annuel demeure la plus faible observée depuis mai 2021.

 La bonne tenue du marché du travail conforte ainsi la principale préoccupation des membres du comité de politique monétaire de la Fed, à savoir l’inflation. Nous continuons d’anticiper un statu quo sur les taux lors de la réunion de la semaine prochaine. La décision dépendra toutefois en grande partie des chiffres d’inflation qui seront publiés en fin de semaine.

 Ces données devraient également être déterminantes pour l’évolution des taux d’intérêt, qui restent sous pression dans un environnement marqué par des prix de l’énergie durablement élevés.

 Enfin, les statistiques du commerce extérieur chinois pour le mois d’août ont confirmé le rôle majeur joué par les exportations dans la croissance du pays. Les exportations, exprimées en dollars, ont progressé de 25 % sur un an.

 Cette hausse s’explique en grande partie par l’essor des exportations de produits technologiques liés au développement de l’intelligence artificielle. Dans le même temps, les importations ont également progressé fortement, de 28,2 % en glissement annuel.

 Il convient toutefois de souligner que la hausse des prix de ces biens technologiques, tant à l’exportation qu’à l’importation, masque des progressions en volume moins spectaculaires. Malgré cela, la contribution des exportations nettes à la croissance du PIB chinois demeure particulièrement importante.



Pour aller plus loin

Zone euro : la croissance résiste au deuxième trimestre

Les données économiques continuent de surprendre à la hausse

graph 1 -Les données économiques continuent de surprendre à la hausse

Il est évident que le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran reste une contrainte majeure pour la croissance européenne, notamment avec un prix du gaz à des niveaux historiquement élevés. Néanmoins, les dernières statistiques montrent que la zone euro a fait preuve d'une certaine résilience jusqu'à présent, même si des différences importantes persistent entre les pays. De fait, les données économiques ont continué de surprendre positivement durant l'été.

Cette situation reflète en grande partie la reprise cyclique du secteur industriel, un phénomène mondial qui soutient actuellement la croissance. En Europe, cette reprise est également portée par la poursuite des dépenses publiques en Allemagne.

graph 2 -hiffres de croissance du PIB

Les chiffres du PIB pour le deuxième trimestre 2026 ont confirmé cette résilience, même si la récente révision à la hausse exagère quelque peu la dynamique réelle de la zone euro. En effet, la progression de 0,6 % sur le trimestre s'explique largement par l'Irlande, dont le PIB a bondi de 10,2 %. Ce chiffre reflète principalement une forte hausse des revenus des multinationales installées dans le pays pour des raisons fiscales, ce qui explique la forte volatilité du PIB irlandais.

Sans l'Irlande, qui représente environ 3 % du PIB de la zone euro, la croissance ressort à 0,3 % sur le trimestre. Ce rythme reste néanmoins le signe d'une dynamique économique relativement favorable.

Comme nous l'avons déjà souligné, la croissance a principalement été portée par l'Allemagne et les pays du sud de l'Europe, tandis que la France continue de faire figure de lanterne rouge. Le PIB français a en effet stagné sur la période.

Les investisseurs restent optimistes sur les perspectives

graph 3- Les investisseurs restent optimistes sur les perspectives

Pour l'instant, la dynamique positive du cycle industriel et du plan de relance allemand continue de soutenir la confiance des investisseurs. Ainsi, l'indicateur Sentix a poursuivi son rebond pour atteindre son plus haut niveau depuis 2022.

Évidemment, la persistance des tensions sur les marchés de l'énergie demeure un frein à l'expansion de la région, tout comme la hausse des taux d'intérêt. Dans ce contexte, la BCE devra, selon nous, faire preuve de prudence dans la conduite de son resserrement monétaire afin de ne pas peser excessivement sur la croissance.

Ainsi, après la hausse attendue cette semaine, nous n'anticipons qu'une seule hausse supplémentaire des taux directeurs d'ici la fin de l'année.

États-Unis : l'emploi affiche une bonne santé en août

L'économie américaine reste proche du plein emploi

graph 4 -Le taux de participation arrête de baisser

Aux États-Unis, le rapport sur l'emploi du mois d'août est ressorti plus favorable qu'attendu. Il montre que l'économie américaine reste proche du plein emploi, avec un taux de chômage stable à 4,1 %.

Le taux de participation cesse de reculer

graph5- Le taux de participation arrête de baisser

La stabilité du taux de chômage résulte notamment d'un marché du travail resté dynamique au cours du mois, avec de solides créations d'emplois, alors même que le taux de participation a progressé, mettant fin à plusieurs mois de baisse.

Des créations d'emplois robustes

graph 6 -Des créations d’emplois solides au cours du mois

Les créations d'emplois ont par ailleurs été particulièrement solides. L'enquête auprès des entreprises fait état de 162 000 créations de postes, soit près de trois fois plus que les attentes du consensus. De plus, les chiffres des mois précédents ont été révisés à la hausse de 55 000 emplois supplémentaires.

Les secteurs de la santé et des loisirs demeurent parmi les principaux créateurs d'emplois. Les activités liées au développement des infrastructures nécessaires à l'intelligence artificielle ont également contribué à cette bonne performance du marché du travail.

L'enquête auprès des ménages délivre un message similaire, avec plus de 500 000 créations d'emplois enregistrées au cours du mois.

Les salaires ralentissent progressivement

graph 7-Les anticipations d’inflation à long terme restent élevées

Dans le même temps, la progression des salaires est restée modérée. Ceux-ci ont augmenté de 0,3 % sur le mois, tandis que leur croissance en glissement annuel a continué de ralentir pour atteindre 3,1 %, son plus faible niveau depuis plusieurs années.

Ces données confortent l'analyse des membres du comité de politique monétaire de la Fed, qui considèrent que le marché du travail demeure solide et cohérent avec leur objectif de maintien du plein emploi.

Les prochaines décisions de la Fed dépendront donc principalement de l'évolution de l'inflation. Ainsi, la publication de l'indice CPI prévue vendredi jouera un rôle important dans la décision de la semaine prochaine.

Nous continuons de penser que les taux directeurs devraient rester inchangés, même si la pression s'accroît sur K. Warsh pour qu'il agisse afin d'être cohérent avec son engagement à ramener rapidement l'inflation vers la cible de 2 %.

Chine : les exportations restent un moteur de la croissance

Le commerce extérieur continue de soutenir l'activité

graph 8 - Le commerce extérieur reste un moteur essentiel de la croissance

Les chiffres du commerce extérieur chinois ont confirmé que les exportations demeurent un moteur important de la croissance. Les exportations exprimées en dollars ont ainsi progressé de 25 % sur un an.

La contribution la plus importante provient, une nouvelle fois, des secteurs technologiques bénéficiant de la forte demande mondiale pour les équipements liés au développement de l'intelligence artificielle.

Les importations ont également continué d'augmenter fortement. Là encore, les achats de matériel technologique, notamment de semi-conducteurs, ont apporté une contribution significative à cette progression.

Évidemment, les effets de prix, qui restent très importants tant à l'importation qu'à l'exportation, amplifient fortement la hausse observée des flux commerciaux.

Ainsi, en volume, la progression des exportations nettes apparaît moins spectaculaire, mais elle devrait néanmoins continuer de contribuer de manière significative à la croissance du PIB au troisième trimestre 2026.

Les exportations vers les États-Unis continuent de progresser malgré les tarifs douaniers

graph 9 - Les exportations vers les Etats-Unis s’envolent malgré les tarifs

Il convient de souligner que, malgré les restrictions commerciales imposées par les États-Unis, les exportations chinoises à destination du marché américain continuent de progresser fortement, avec une hausse supérieure à 34 % en glissement annuel.


Sebastian PARIS HORVITZ
Sebastian Paris Horvitz
Directeur de la Recherche

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