Lien

Que retenir de l'actualité de marché du 17 juillet 2026 ? Réponses avec le décryptage de Sebastian Paris Horvitz .
►Il est clair que la situation dans le détroit d’Ormuz s’est détériorée. Non seulement l’accord de cessez-le-feu est tombé dans l’oubli, mais surtout, le protocole d’accord sur l’ouverture du détroit d’Ormuz et sur le cadre des futures négociations semble désormais caduc.
►Les négociations se poursuivent, mais il est difficile de voir comment elles pourraient aboutir. Chez les responsables iraniens, le désaccord entre ceux qui souhaitent poursuivre la voie diplomatique et ceux qui prônent la guerre semble profond. Du côté américain, aucun plan de sortie ne semble se dessiner non plus, si ce n’est la poursuite des bombardements et la mise en place d’un nouveau blocus dans le détroit.
►La circulation des tankers dans le détroit d’Ormuz semble avoir été réduite à presque rien. Sans surprise, les prix du pétrole et du gaz sont repartis à la hausse. Depuis le début du mois de juillet, le prix du baril de Brent est revenu à 85 dollars (+18 %) et celui du gaz en Europe à 55 euros le MWh (+28 %).
►Malgré cette forte hausse, ceci est loin d’indiquer un changement radical de scénario pour le marché. En effet, ces hausses des prix de l’énergie sont loin de ce que pourrait signifier un long prolongement de la fermeture d’Ormuz. Dans un tell cas, les hausses des prix seraient largement plus importantes. Il faut en particulier souligner que l’injection de stocks stratégiques pour un montant de plus de 4 millions de barils jours, ce qui a permis d’atténuer le choc, n’est plus reproductible.
►Alors que nous avions fortement réduit la probabilité du scénario de risque adverse, à savoir la prolongation de la fermeture du détroit d’Ormuz, après l’accord conclu il y a un mois, il nous semble nécessaire de relever de nouveau ce risque. Même s’il ne se matérialise pas, sa progression pèsera sur la confiance, et la hausse des prix de l’énergie déjà constatée affectera négativement le pouvoir d’achat. Ces facteurs constitueront des freins à la croissance.
►Néanmoins, à ce stade, il est difficile d’abandonner notre scénario central. En effet, les coûts économiques et politiques d’un enlisement sont si importants pour les deux belligérants qu’il semble difficile de concevoir qu’aucune solution ne soit trouvée.
►Dans ce nouveau contexte, nous avons décidé de réduire tactiquement le niveau de risque de nos portefeuilles.
►Alors que les événements au Moyen-Orient fragilisent l’idée d’une sortie de crise rapide accompagnée de prix de l’énergie nettement plus bas, ils rendent également plus difficile l’interprétation des statistiques économiques récentes. En effet, les enquêtes qui commençaient déjà à montrer des signes d’embellie pourraient rapidement se retourner.
►À cet égard, aux États-Unis, même si les chiffres de l’inflation pour le mois de juin ont été plutôt rassurants, ils pourraient repartir à la hausse dans les mois à venir si le marché de l’énergie ne se détend pas comme nous le prévoyions. L’inflation totale, en glissement annuel, a décéléré à 3,5 % contre 4,2 % en mai.
►Par ailleurs, toujours concernant l’inflation américaine, nous avons également pris connaissance de l’évolution des prix à la production pour le mois de juin. Ceux-ci étaient en baisse, principalement en raison du recul des prix de l’énergie. Dans le même temps, certaines composantes du PPI prises en compte dans le calcul du déflateur des dépenses de consommation (PCE), l’indicateur privilégié de la Fed, telles que les billets d’avion ou les frais de gestion financière, restent relativement élevées même si leur progression décélère. Cela implique qu’en glissement annuel, la progression du PCE devrait demeurer plus élevée que celle du CPI.
►Du côté de la demande, les statistiques de ventes au détail ont montré que la consommation américaine demeurait solide. Le « groupe de contrôle », c’est-à-dire une large sélection de biens utilisée pour estimer la consommation de biens dans le PIB, progresse de 0,5 % sur le mois en dollars courants, après 0,8 % en mai. La consommation devrait ainsi apporter une contribution solide à la croissance du PIB au 2T26, et ce malgré le choc énergétique.
►En Chine, la croissance du PIB pour le 2T26 a déçu à 4,3% en glissement annuel, soit la plus faible depuis plus de 3 ans et inférieure à l’objectif de croissance de 4,5%-5% des autorités. En partie ceci s’explique toujours par une demande intérieure plutôt faible. Néanmoins, les chiffres des ventes au détail pour le moins de juin se sont avérées plus robustes, suggérant un rebond après la forte baisse du mois précédent. En même temps, l’investissement s’est contracté (-5,7% en glissement annuel), avec toujours un secteur immobilier qui continue son effondrement. Alors que les secteurs exportateurs portent toujours la croissance, nous pensons toujours que des mesures ciblées vont être adoptées pour soutenir l’expansion de l’économie.
Pour aller plus loin

La fin du cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis a de nouveau conduit à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz. Presque aucun navire n’y circule désormais. Malgré les déclarations américaines affirmant qu’elles contrôlent le détroit, il est difficile d’imaginer que les opérateurs prennent le risque d’y faire transiter leurs navires.
Surtout, les profondes divisions qui traversent les autorités iraniennes, notamment entre certains groupes des Gardiens de la révolution proches de M. Khamenei, le nouveau Guide suprême, favorables à la poursuite du conflit, et des autorités américaines privilégiant une stratégie davantage militaire que diplomatique, placent les deux parties dans une impasse à ce stade.
Il est évident que les coûts économiques et politiques de la poursuite du conflit sont considérables pour les deux belligérants, avec le risque de fragiliser à nouveau la croissance mondiale.
De fait, comme nous, le marché continue de penser qu’un accord devra être trouvé entre les deux parties. Cela explique que la réaction des marchés soit jusqu’à présent restée relativement modérée.
Le prix du baril de pétrole (Brent) est revenu à 85 dollars, soit une hausse de près de 18 % par rapport au point bas observé ces dernières semaines. La hausse du prix du gaz en Europe, qui s’établit à près de 56 euros le MWh (+28 %), a été plus marquée. Néanmoins, ces niveaux restent encore loin de ce qu’impliquerait une fermeture durable du détroit.

En même temps, un prolongement du blocage pourrait nous conduire à une situation bien plus grave que celle observée jusqu’ici en matière de hausse des prix. En effet, l’utilisation des stocks mondiaux de pétrole a joué un rôle très important dans l’atténuation du choc énergétique causé par cette crise. L’Agence internationale de l’énergie estime que 4,1 millions de barils par jour de stocks auraient été mobilisés pour compenser la baisse de l’offre en provenance des pays du Golfe. Les États-Unis auraient injecté plus d’un million de barils par jour sur le marché.
Évidemment, cette situation n’est pas tenable et les stocks s’épuisent. Aux États-Unis, les réserves stratégiques sont désormais à leur niveau le plus bas depuis le début des années 1980 !
Ainsi, un blocage de quelques semaines seulement pourrait entraîner une réaction beaucoup plus brutale du marché pétrolier et des prix de l’énergie.
Dans ces conditions, alors que nous avions fortement réduit la probabilité de notre scénario alternatif, qui envisage un choc énergétique plus brutal, après les accords ayant conduit à la réouverture d’Ormuz, nous relevons de nouveau cette probabilité.
De ce fait, nous adoptons tactiquement une position plus prudente et réduisons notre prise de risque. Celle-ci était associée à une amélioration des perspectives économiques induite par la réouverture du détroit et par la forte baisse des prix de l’énergie.

L’inflation, mesurée par le CPI, a surpris à la baisse en juin. Comme attendu, la forte baisse des prix de l’énergie a largement contribué au ralentissement de l’inflation totale (-0,4 % sur le mois), représentant l’essentiel de ce recul. Mais c’est surtout l’inflation sous-jacente qui a fortement surpris. En effet, elle est restée stable alors qu’une hausse était attendue. Cette évolution s’explique en partie par un net ralentissement des loyers, dont la progression a décéléré à 0,1 % sur le mois, contre 0,3 % le mois précédent.
Au total, l’inflation totale est revenue à 3,5 % en glissement annuel, contre 4,2 % le mois précédent, tandis que l’inflation sous-jacente a reculé à 2,6 %, contre 2,9 % le mois précédent.

La baisse de l’inflation cœur a concerné l’ensemble des composantes, y compris celles qui, jusqu’à présent, avaient été les plus résistantes au ralentissement. Ainsi, l’indice des prix généralement considéré comme le plus rigide (« sticky prices ») a fortement reculé sur le mois, modifiant sensiblement sa trajectoire. De même, l’inflation des services hors logement a enregistré un repli significatif.

De même, les indicateurs de tendance sont également orientés à la baisse. Ainsi, la mesure de la Fed de Cleveland, qui exclut les prix des biens et services ayant connu des variations extrêmes au cours du mois, à la hausse comme à la baisse, montre un net recul.
Cette baisse soudaine de l’inflation cœur paraît assez surprenante, en particulier dans une économie où la demande intérieure demeure solide. Certains facteurs spécifiques ont pu jouer un rôle, comme les campagnes de promotions très agressives menées par Amazon au cours du mois. Toutefois, il faudra attendre un ou deux mois supplémentaires pour déterminer s’il s’agit d’une nouvelle tendance durable, même si la récente remontée des prix de l’énergie pourrait en modifier la trajectoire.
Quoi qu’il en soit, cette évolution est surprenante dans une économie où la demande intérieure, et notamment la consommation, reste robuste.

De fait, les chiffres des ventes au détail ont montré que les consommateurs restaient bien présents, avec une progression très solide des achats de biens en mai comme en juin. Ainsi, le groupe de contrôle, qui regroupe les catégories de biens utilisées pour estimer la consommation dans le PIB, a progressé de 0,5 % sur le mois de juin, après une hausse de 0,8 % en mai. Compte tenu du recul de l’inflation en juin, la progression en termes réels est donc significative. La contribution de la consommation à la croissance au 2T26 devrait ainsi être particulièrement robuste.
On constate donc que le consommateur ne semble pas avoir été fortement affecté par le choc énergétique jusqu’à présent. Nous pensons néanmoins qu’un coup de froid pourrait intervenir au 3T26, notamment en raison d’un taux d’épargne qui a déjà fortement diminué.

La croissance du PIB chinois a déçu au 2T26, avec une décélération à 4,3% en glissement annuel. Soit, la croissance la plus faible depuis plus de 3 ans et elle est en dessous de l’objectif des autorités se situant entre 4,5% et 5%.
L’essentiel de cette faiblesse vient d’une demande intérieure qui semble avoir ralenti nettement, sûrement comme conséquence après la fin des mesures de soutien qui aveint été mises en place pour soutenir la consommation.

Cette évolution de la demande intérieure a été confirmée par les statistiques de consommation et d’investissement pour le mois de juin. Ainsi, la décélération apparaît nettement lorsqu’on compare les chiffres à ceux de l’an dernier. Surtout, le marasme du secteur immobilier se poursuit.
Cette situation devrait interpeller les autorités et les inciter à mettre en place de nouvelles mesures ciblées pour soutenir la croissance. Selon nous, ces mesures pourraient être annoncées assez rapidement. Dans le même temps, les autorités semblent se satisfaire de la très bonne performance du secteur extérieur, qui a bénéficié d’un nouvel élan grâce à la demande de produits nécessaires aux investissements liés à l’intelligence artificielle.

Sebastian Paris Horvitz
Directeur de la Recherche