La Première ministre japonaise consolide son pouvoir

Décryptages marchés10.02.2026
Japon

Que retenir de l'actualité de marché du  10   février  2026  ?  Réponses avec le décryptage de Sebastian Paris Horvitz .

Vue d'ensemble

 Sanae Takaichi, la Première ministre japonaise, très populaire, a remporté une victoire historique lors des élections parlementaires de dimanche. Pour la première fois, le LPD obtient presque les deux tiers des sièges à la Chambre des représentants. En revanche, à la Chambre des conseillers (Sénat), le LPD et son allié, le parti de l’innovation Ishin, n’atteignent pas la majorité absolue. Malgré cela, cette victoire renforce nettement le pouvoir de Mme Takaichi.

La politique pro‑croissance de Sanae Takaichi a soutenu la Bourse japonaise et poussé à la hausse les taux souverains à 10 ans, tandis que le yen continuait de s’apprécier. Nous pensons toujours que les valeurs domestiques devraient profiter de l’action du gouvernement. Cependant, la poursuite de l’appréciation du yen pourrait freiner la progression de l’ensemble du marché japonais. Malgré cela, la Bourse devrait rester soutenue par la normalisation de la politique monétaire et par des taux d’intérêt déjà élevés.

La décision de Donald Trump d’ouvrir des discussions avec les autorités iraniennes ce week‑end, notamment au sujet du programme nucléaire, a contribué à apaiser les tensions autour du prix du pétrole. Toutefois, de nouvelles inquiétudes sont apparues dès hier : D. Trump a appelé à la prudence concernant le trafic maritime dans le canal de Suez, laissant entendre qu’une intervention américaine en Iran restait possible.

Au final, le prix du pétrole demeure proche de 70 dollars le baril, soit une hausse de plus de 10 % depuis le début de l’année. La plupart des experts jugent qu’une intervention militaire en Iran reste peu probable, mais l’incertitude reste élevée.

► Malgré un contexte toujours incertain, et même si plusieurs indicateurs économiques américains sont bien orientés, à l’exception du marché du travail, le dollar est resté relativement faible. Le billet vert s’est déprécié depuis le début de l’année face aux principales monnaies, en particulier face au dollar australien, qui a encore progressé après la hausse des taux directeurs de la banque centrale australienne.
S’agissant de l’euro, nous anticipions une appréciation plus modeste, avec un taux de change autour de 1,17 dollar. Il dépasse désormais 1,19. Cette hausse allège la facture énergétique européenne, mais pourrait entraîner une baisse de l’inflation plus forte que prévu. Une telle évolution augmenterait la probabilité d’une dernière baisse des taux directeurs de la BCE.

Au Royaume‑Uni, la pression pour pousser le Premier ministre, Keir Starmer, à démissionner s’est intensifiée ces derniers jours, avec plusieurs départs au sein de son cabinet et une baisse de soutien dans son propre parti. Cette situation est liée aux retombées de l’affaire Epstein et aux liens entre ce dernier et l’ancien ministre Peter Mandelson.

À ce stade, il reste difficile de dire si Keir Starmer devra quitter ses fonctions. Ce qui est certain, c’est que le Labour a vu son soutien chuter fortement depuis les dernières élections, ce qui affaiblit clairement le gouvernement. Toutefois, la forte contrainte budgétaire limite de toute façon les marges de manœuvre d’un éventuel nouveau Premier ministre travailliste.

Selon nous, sans changement de politique budgétaire, la Banque d’Angleterre devrait poursuivre son assouplissement monétaire et réduire légèrement la pression sur les taux longs, surtout après leur hausse récente.

Aux États‑Unis, sur le plan conjoncturel, un fait rare s’est produit : la confiance des consommateurs mesurée par l’Université du Michigan a nettement rebondi, même si elle reste à un niveau historiquement bas. Ce résultat préliminaire a surpris, surtout dans un contexte de fortes tensions politiques.

La baisse des prix de l’énergie le mois dernier a entraîné une révision à la baisse des anticipations d’inflation à court terme, ce qui a amélioré la perception du pouvoir d’achat. En revanche, les inquiétudes liées à l’emploi restent élevées, et les anticipations d’inflation à moyen terme demeurent fortes.

Il faut toutefois rappeler que, malgré une confiance très faible, la consommation américaine est restée jusqu’ici solide. Les chiffres des ventes au détail de décembre, publiés aujourd’hui, permettront de vérifier si un ralentissement commence à apparaître.​​​​​​​



Pour aller plus loin

Japon : S. Takaichi sort considérablement renforcée après une victoire historique

Depuis 1958, jamais le LDP n’avait remporté une victoire aussi retentissante

Depuis 1958, jamais le LDP n’avait remporté une victoire aussi retentissante

Le pari de Sanae Takaichi, la Première ministre, en convoquant des élections législatives anticipées, s’est révélé gagnant. Le LPD a remporté une victoire historique, réalisant des gains exceptionnels à la Chambre des députés et obtenant une majorité des deux tiers, un niveau jamais atteint jusqu’ici. Avec son partenaire, le parti de l’innovation (Ishin), le gouvernement de Mme Takaichi dispose désormais d’un soutien parlementaire largement supérieur aux prévisions les plus optimistes avant le scrutin.

Cette nouvelle configuration politique offre au gouvernement une marge de manœuvre importante pour mettre en œuvre sa stratégie pro‑croissance, sans rencontrer de véritables obstacles. Le programme de réformes de Mme Takaichi pourrait même aller au‑delà de simples mesures budgétaires ou économiques. Il pourrait désormais inclure une révision de la Constitution, notamment de l’article 9, qui encadre très strictement la politique de sécurité du Japon depuis l’après‑guerre, limite ses capacités militaires et définit les modalités de coopération avec les États‑Unis. Dans son discours après sa victoire, Mme Takaichi a d’ailleurs indiqué qu’une réforme constitutionnelle devait être envisagée. Cette perspective illustre une nouvelle fois l’ampleur du changement géopolitique en cours.

Il convient également de rappeler que, dans le plan de dépenses présenté par la Première ministre, les dépenses militaires doivent déjà atteindre 2 % du PIB.

Les actifs japonais sont revalorisés à mesure que le pays sort de la déflation

Les actifs japonais sont revalorisés à mesure que le pays sort de la déflation

Sur les marchés, cette victoire, largement au‑delà des attentes, a été saluée par une nouvelle progression des Bourses japonaises. Le Topix a poursuivi sa hausse et affiche désormais plus de +5 % depuis le début de l’année. La revalorisation du marché se poursuit ainsi, portée par la sortie progressive du pays de la déflation, qui l’a pénalisé pendant des décennies. La politique pro‑croissance du gouvernement renforce également ce mouvement.

Cependant, la revalorisation des actifs japonais est déjà bien avancée : la valorisation du Topix dépasse désormais 19 fois les bénéfices des entreprises de l’indice. Certes, nous pensons que les politiques gouvernementales devraient soutenir l’économie nippone, notamment les valeurs domestiques, mais une grande partie des bonnes nouvelles semble déjà intégrée dans les cours.

Il faut également mentionner la revalorisation des obligations japonaises, après des hausses de taux historiques au cours de l’année écoulée. Cela reflète la remontée de l’inflation, désormais proche de l’objectif de la Banque du Japon. Cette dynamique devrait continuer à pousser l’institution vers une normalisation graduelle de sa politique monétaire. Nous anticipons toujours au moins deux relèvements des taux directeurs cette année.

Le yen reste très faible, mais devrait s’apprécier

Le yen reste très faible, mais devrait s’apprécier

Ainsi, nous adoptons une position tactiquement prudente sur le marché japonais. Cette approche repose en grande partie sur notre anticipation d’une poursuite de l’appréciation du yen, qui devrait pénaliser le secteur exportateur. Le yen reste en effet très affaibli et nous nous attendons à ce que sa reprise s’accélère dans les mois à venir, à mesure que la normalisation de la politique monétaire se confirme et que la croissance continue d’être soutenue par la politique budgétaire.


États-Unis : la confiance des ménages rebondit mais reste déprimée  

Un mieux dans la confiance, mais un niveau qui reste historiquement faible

Un mieux dans la confiance, mais un niveau qui reste historiquement faible

L’enquête préliminaire de l’Université du Michigan pour février montre une amélioration de la confiance des ménages. Cette progression vient principalement de la composante liée aux conditions actuelles : ce sous‑indice gagne 3 points sur le mois. Ce mieux s’explique en grande partie par la baisse des anticipations d’inflation à court terme, liée notamment au reflux des prix de l’énergie, ce qui améliore la perception du pouvoir d’achat.

Parallèlement, il ne faut pas oublier que l’indice de confiance reste à un niveau historiquement bas et que les inquiétudes concernant l’emploi demeurent élevées.


Des anticipations d’inflation à court-terme en baisse

Des anticipations d’inflation à court-terme en baisse

Comme indiqué, la principale raison de l’amélioration de la perception des conditions récentes par les ménages tient à la baisse des anticipations d’inflation à court terme. Cette évolution semble liée au sentiment que les hausses de droits de douane auront un impact plus limité que prévu, mais surtout au recul des prix de l’énergie. Sur ce dernier point, la récente remontée du prix du pétrole, en lien avec les tensions avec l’Iran, pourrait toutefois raviver un certain niveau d’inquiétude chez les ménages.

En parallèle, les anticipations d’inflation à moyen terme restent élevées et ont même augmenté dans la dernière enquête. Cela montre que les préoccupations liées au pouvoir d’achat demeurent importantes pour les ménages américains, et qu’elles constituent l’un des facteurs expliquant la forte baisse de popularité du président Trump.


Toujours un clivage entre les vues selon l’affiliation politique

Toujours un clivage entre les vues selon l’affiliation politique

Néanmoins, les perceptions de la situation économique et des perspectives d’inflation restent fortement divisées selon l’affiliation politique des personnes interrogées. Toutefois, ces évaluations ont commencé à converger récemment. En particulier, les ménages se déclarant proches du parti républicain semblent désormais avoir une vision plus réaliste de l’évolution future de l’inflation, et sont donc nettement moins optimistes quant aux résultats attendus de la politique économique du gouvernement.

Il n’en reste pas moins que cette confiance dégradée ne s’est pas vraiment traduite dans le comportement de consommation des ménages américains. En effet, la consommation a apporté une contribution solide à la croissance du PIB au cours des trois derniers trimestres. Les chiffres des ventes au détail publiés aujourd’hui permettront de voir si les premiers signes d’un ralentissement commencent à apparaître.​​​​​​​

Sebastian PARIS HORVITZ

Sebastian Paris Horvitz

Directeur de la Recherche

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