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Que retenir de l'actualité de marché du 25 août 2026 ? Réponses avec le décryptage de Sebastian Paris Horvitz .
►Les vagues de chaleur de cet été en Europe se sont rapprochées des records de température jamais enregistrés, mais elles ont surtout été dévastatrices en termes de feux de forêt. Comme les climatologues l’avaient annoncé, le phénomène El Niño, particulièrement marqué cette année, semble avoir joué un rôle important dans les températures élevées observées en Europe ainsi que dans les pluies torrentielles survenues en Amérique du Sud. À ce stade, les conséquences économiques, notamment sur la production agricole, sont encore difficiles à évaluer.
►Pendant ce temps, la chaleur gagnait aussi les marchés, avec des indices boursiers dans les principales zones géographiques atteignant des sommets historiques à la mi-août, toujours portés par des perspectives de hausse des bénéfices. Dans le même temps, les taux d’intérêt à long terme atteignaient eux aussi des niveaux records. Cette hausse pouvait s’expliquer par l’augmentation des primes de terme (incertitudes liées aux politiques monétaire et budgétaire) ainsi que par une progression des anticipations d’inflation, en partie due à la remontée des prix de l’énergie.
►Les prix de l’énergie restent sous pression en raison de la poursuite du conflit entre les États-Unis et l’Iran. En effet, le détroit d’Ormuz demeure presque totalement fermé. Le prix du baril de pétrole (Brent) est repassé au-dessus de 90 dollars et, surtout, le prix du gaz en Europe a atteint un niveau historique, dépassant 68 euros le MWh. Ces hausses constituent évidemment de mauvaises nouvelles pour l’inflation et la dynamique de croissance, en particulier en Europe.
►À ce stade, la visibilité sur une issue à la crise reste limitée, les Américains et les Iraniens montrant peu de volonté de renouer le dialogue. Les États-Unis, par la voix de S. Bessent, secrétaire au Trésor, ont indiqué que les sanctions économiques à l’encontre de l’Iran allaient être renforcées, notamment en ciblant les pays qui contribuent au financement du régime. Sachant que la Chine est le principal acheteur de pétrole iranien, il est difficile d’accorder une réelle crédibilité à cette menace.
►S’ajoutant aux tensions géopolitiques existantes, les États-Unis et le Canada sont entrés dans une escalade tarifaire, faute d’être parvenus à un accord sur les nouveaux droits de douane que les autorités américaines souhaitaient imposer à leur voisin canadien.
►En dépit de ce contexte dominé par des incertitudes géopolitiques, affectant les prix énergétiques, et des taux d’intérêt élevés, notamment, il est presque étonnant de voir que la dynamique économique mondiale continue à résister. C’est le message donné par les enquêtes préliminaires d’activité PMI de S&P pour le mois d’août pour les grands pays. En effet, que ce soit en zone euro, au Japon, au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les indices composites (services et industrie) sont ressortis en hausse.
►Aux États-Unis, en août, l’activité a nettement rebondi selon l’indice PMI de S&P Global, principalement portée par les services, dont l’indice a atteint son plus haut niveau depuis 2024. Bien que l’activité industrielle ralentisse, l’indice composite (services et industrie) a atteint son niveau le plus élevé depuis 2026. Ainsi, il semble que le rebond cyclique, soutenu par la politique budgétaire et les investissements dans l’intelligence artificielle, continue de stimuler l’économie américaine.
►Toutefois, cet élan pourrait de nouveau ralentir sous l’effet de la récente hausse des prix de l’énergie. Le prix du gallon d’essence reste supérieur à 4 dollars et celui du diesel, largement utilisé dans le transport, dépasse 5 dollars. Hormis la période de fin mars à début avril, ces niveaux n’avaient plus été observés depuis la mi-2022. Si cette situation perdure, elle pourrait peser sur la consommation et maintenir des pressions inflationnistes.
►Par ailleurs, les taux d’intérêt demeurent très élevés. Les taux américains à 10 ans évoluent autour de 4,70 %, soit leur niveau le plus élevé depuis près de vingt ans. Cette situation pèse naturellement sur de nombreux secteurs de l’économie, à l’exception, pour l’instant, de ceux qui continuent d’investir massivement dans le développement de l’intelligence artificielle (IA).
►Surtout, ces niveaux de taux élevés renchérissent le coût de l’endettement public. S. Bessent, secrétaire au Trésor, a déjà multiplié les déclarations laissant entendre que le gouvernement pourrait intervenir sur le marché obligataire afin d’éviter une nouvelle hausse des taux. Toutefois, avec un déficit public qui continue de se creuser et entretient la trajectoire haussière de la dette, il sera difficile de calmer durablement le marché au moyen d’achats d’obligations, dont l’ampleur ne pourra rester que limitée. Cette tâche serait d’autant plus complexe si, comme nous le pensons, la Fed devait s’orienter vers un resserrement, même modéré, de sa politique monétaire d’ici à la fin de l’année.
►En zone euro, l’activité économique, mesurée par l’enquête PMI de S&P Global, a poursuivi sa progression en août, gagnant même légèrement en vigueur. Néanmoins, contrairement aux États-Unis, c’est l’industrie qui a principalement soutenu cette dynamique, portée en partie par les dépenses publiques allemandes. Dans les services, l’activité est restée solide, mais cette résilience provient avant tout des économies de plus petite taille. En effet, l’activité des services a reculé en Allemagne comme en France. Cette faiblesse observée dans certains pays reflète notamment la persistance de coûts énergétiques élevés, en particulier pour le gaz, ainsi que de taux d’intérêt toujours élevés. Par ailleurs, l’incertitude politique, notamment en France, semble continuer de peser sur la confiance.
Pour aller plus loin

L’été n’aura pas apporté de solution au conflit entre l’Iran et les États-Unis, qui dure désormais depuis près de six mois. Au contraire, les pourparlers sont à l’arrêt et les perspectives d’un accord à court terme paraissent particulièrement faibles.
Dans ce contexte, le détroit d’Ormuz reste fermé, avec une circulation maritime toujours très limitée. On le sait, sans une réouverture, même progressive, de cet axe stratégique, les espoirs de normalisation sur les marchés de l’énergie demeurent réduits.
Les négociations sont donc dans l’impasse. Néanmoins, il semble que, du moins du côté américain, l’option militaire ait été provisoirement écartée. Cela peut être considéré comme un soulagement, dans la mesure où le risque d’une perturbation des capacités de production de pétrole et de gaz de la région s’en trouve réduit.
Toutefois, les États-Unis ont annoncé une nouvelle vague de sanctions économiques contre le régime iranien. Dans un entretien accordé au Financial Times, S. Bessent, secrétaire au Trésor, a indiqué que les États-Unis allaient durcir leurs sanctions à l’encontre des pays qui continuent de soutenir financièrement l’Iran.
Il est difficile de voir comment cette menace pourrait, à court terme, affecter davantage l’économie iranienne et inciter le régime à reprendre les négociations. D’autant que la Chine est aujourd’hui le principal partenaire commercial de l’Iran et achète une part importante du pétrole que le pays continue d’exporter. Il paraît peu plausible que le gouvernement américain décide de sanctionner lourdement la Chine.
Au final, et malheureusement pour l’économie mondiale, la situation reste dans l’impasse.

C’est donc sans surprise que les prix de l’énergie sont repartis à la hausse. Toutefois, la montée du prix du pétrole est restée modérée. En partie, ceci reflète toujours une demande qui s’est fortement ajustée à la baisse, notamment par la poursuite de l’utilisation des réserves existantes. La Chine y contribue largement. Au total, le prix du baril de Brent se situe juste au-dessus de 90 dollars, ce qui reste une hausse modérée.
Toutefois, cette baisse des stocks va rapidement commencer à rencontrer des limites. Ceci pourrait entraîner de nouvelles hausses de prix, avec des contraintes physiques qui devraient s’amplifier aussi sur un certain nombre de produits distillés. D’ores et déjà, on voit les marges sur les produits raffinés s’accroître.
Alors que la hausse du prix du pétrole reste modérée, la hausse du prix du gaz est conséquente. Ainsi, le prix du MWh en Europe a atteint son plus haut niveau depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le prix du gaz se situe à 68 euros le MWh.
Alors que l’Europe doit accélérer la reconstitution des stocks de gaz pour affronter l’hiver, les tensions pourraient durer. Ceci restera une contrainte pour l’expansion européenne, avec donc une facture énergétique qui vient rogner le pouvoir d’achat des ménages et affecter les coûts des entreprises.

Outre-Atlantique, les enquêtes PMI préliminaires sur l’activité ont, une nouvelle fois, apporté de bonnes nouvelles. En effet, l’indice composite a fortement progressé au cours du mois, atteignant même son plus haut niveau depuis 2022. Cette amélioration de l’activité a été principalement portée par les services. L’industrie, quant à elle, a continué de ralentir après le fort rebond observé au printemps.
Au total, ces statistiques montrent que l’activité demeure très dynamique et reste compatible avec une croissance solide du PIB au troisième trimestre 2026.
Le rebond des services mis en évidence par l’enquête de S&P reflète notamment une nette accélération de la demande adressée au secteur. Surtout, cette évolution s’accompagnerait d’une hausse des embauches, selon les déclarations des entreprises. Il faudra vérifier si ces signaux sont confirmés par les résultats de la prochaine enquête sur l’emploi, qui seront publiés à la fin de la semaine prochaine.
Dans l’industrie, l’activité, bien qu’en ralentissement, demeure robuste et semble toujours soutenue par les investissements liés au développement de l’intelligence artificielle. La forte hausse des émissions d’obligations d’entreprises destinées à financer ces investissements en témoigne. Cette tendance se reflète également dans la dernière enquête menée auprès des banques sur la distribution du crédit au cours du deuxième trimestre 2026, qui fait état d’une progression de la demande de lignes de crédit de la part des grandes entreprises.

Ces très bonnes statistiques conjoncturelles continuent de suggérer une accélération cyclique de l’activité, soutenue par les mesures de soutien budgétaire et les investissements dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA).
Dans le même temps, il est important de souligner que plusieurs contraintes pourraient freiner la poursuite de l’expansion de l’économie américaine. La première est, bien entendu, la hausse des prix de l’énergie. Après avoir nettement reculé dans la perspective d’un règlement du conflit avec l’Iran, le prix de l’essence est reparti à la hausse et a retrouvé des niveaux élevés. Il dépasse de nouveau les 4 dollars le gallon.
Par ailleurs, les craintes de pénuries continuent d’alimenter la progression des marges de raffinage, exerçant une pression supplémentaire sur les prix. Ainsi, le prix du gallon de diesel, principalement utilisé dans le transport routier, est lui aussi fortement reparti à la hausse, dépassant à nouveau les 5 dollars.

Ces hausses des prix énergétiques, si elles persistent, auront évidemment un impact sur le pouvoir d’achat et pourraient freiner l’activité plus qu’anticipé. Surtout, elles risquent d’entretenir les pressions inflationnistes et de pousser la Fed à monter ses taux d’intérêt.
Nous tablons toujours sur une hausse des taux directeurs avant la fin de l’année, a priori, après l’échéance des élections législatives de mi-mandat.

Dans ce contexte, un autre facteur susceptible de freiner l’expansion économique est la hausse des taux d’intérêt. En effet, la remontée des prix de l’énergie a déjà exercé une pression à la hausse sur les taux courts, tandis que les tensions sur les échéances longues se sont également accentuées.
Le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans demeure proche de 4,7 %, soit un niveau voisin de son plus haut depuis dix ans.
Cette hausse des taux longs reflète en partie des anticipations d’inflation plus élevées, mais surtout une augmentation significative des primes de terme.
Cette baisse soudaine de l’inflation sous-jacente peut toutefois paraître surprenante, en particulier dans une économie où la demande intérieure demeure solide. Certains facteurs spécifiques ont pu jouer un rôle, notamment les opérations promotionnelles particulièrement agressives menées par Amazon au cours du mois. Il faudra néanmoins attendre un ou deux mois supplémentaires pour déterminer s’il s’agit d’une nouvelle tendance durable, même si la récente remontée des prix de l’énergie pourrait en atténuer les effets.
Quoi qu’il en soit, cette évolution demeure étonnante dans une économie où la demande intérieure, et en particulier la consommation des ménages, reste robuste.

Cette hausse reflète les incertitudes qui pèsent en grande partie sur la politique monétaire et budgétaire. Sur cette dernière, on voit que malgré les revenus tirés des taxes à l’importation qui ont été introduits par le président Trump, les finances publiques américaines continuent leur dérive. Le déficit public est reparti à la hausse en % du PIB, dépassant les 6% sur 12 mois en juillet et la dette continue son ascension.
Les annonces faites par S. Bessent d’intervenir sur le marché obligataire pour racheter des obligations du Trésor sur les maturités longues montrent l’inquiétude de l’administration américaine. Selon S. Bessent, il s’agirait d’améliorer la liquidité sur le marché et calmer les tensions haussières sur les taux. Si bien ces annonces ont eu pour effet de faire baisser un peu les taux il est peu probable que les interventions du Trésor américain pourraient changer les tensions associées à la dérive des finances publiques.
Zone euro : l’activité tient en août

L’enquête PMI préliminaire de S&P est restée relativement robuste en août, l’indice composite (services et industrie) ayant légèrement progressé pour atteindre son plus haut niveau depuis neuf mois. Cette dynamique a été principalement soutenue par l’industrie. En revanche, l’activité dans les services est restée stable, probablement affectée par la hausse des coûts de l’énergie et les incertitudes politiques.

La progression de l’activité industrielle peut être attribuée à l’impulsion que continuent de donner les dépenses publiques allemandes. Par ailleurs, les investissements dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA), bien que moins importants qu’aux États-Unis, ont également soutenu l’activité.
Cette dynamique devrait se poursuivre, sauf en cas de nouveau choc.

La France et l’Allemagne ont pesé sur la dynamique de croissance du secteur des services, selon l’enquête de S&P. Les deux pays ont vu leurs indices reculer et demeurer en territoire de contraction. La hausse des prix de l’énergie, mais aussi les incertitudes politiques, constituent probablement les principaux freins à l’activité du secteur.
Les pays du sud de l’Europe, portés notamment par le tourisme, semblent en revanche avoir maintenu un niveau d’activité bien plus robuste.
Au total, la bonne tenue de l’indice PMI reste compatible avec une croissance solide de la zone euro au troisième trimestre 2026, proche de 0,3 %, soit un rythme supérieur à celui observé au deuxième trimestre 2026 (hors Irlande).

L’enquête de l’Insee a montré que le climat des affaires s’est de nouveau amélioré en août, toujours porté par l’industrie. En revanche, s’agissant des services, cette enquête, contrairement à celle de S&P Global, suggère davantage une stabilisation de l’activité qu’une dégradation.
Dans le même temps, le lancement de la campagne pour l’élection présidentielle du printemps prochain pourrait constituer une source croissante d’incertitude et peser progressivement sur la confiance des ménages comme des entreprises.

Sebastian Paris Horvitz
Directeur de la Recherche