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Vidéo tournée le 7 mai 2026.
Le rebond des marchés observé depuis l’annonce du cessez-le-feu en Iran interroge. Alors même que le détroit d’Ormuz reste totalement fermé — privant le marché d’environ 10 % de l’offre mondiale de pétrole — les actions mondiales et les primes de crédit ont dépassé leurs niveaux d’avant-crise.
Dans le même temps, les prix du pétrole et du gaz ont progressé de 45 % et les taux souverains d’environ 30 points de base depuis février.
Dans ce contexte, une question centrale s’impose : l’économie mondiale est-elle devenue plus résiliente aux chocs énergétiques et géopolitiques, ou les marchés font-ils preuve d’un optimisme excessif ?
Notre scénario central demeure celui d’une réouverture du détroit d’Ormuz dans les prochaines semaines. La pression s’intensifie en effet sur les deux parties pour parvenir à une issue acceptable. Aux États-Unis, la baisse de popularité du président, combinée à la hausse du prix de l’essence, constitue un enjeu politique majeur à l’approche des élections de mi-mandat. Du côté iranien, la dépendance aux exportations de pétrole, largement entravées par le blocus actuel, renforce également l’incitation à une désescalade.
Dans ce contexte, les prix du pétrole ne retrouveraient pas immédiatement leurs niveaux d’avant-crise, mais ils devraient refluer progressivement d’ici l’été. Surtout, le risque de pénuries resterait globalement contenu.
Néanmoins, nous sommes amenés à repousser régulièrement dans le temps notre hypothèse de réouverture d’Ormuz, soulignant l’incertitude persistante autour de ce scénario. Plus la fermeture du détroit se prolonge, plus les effets stagflationnistes s’intensifient. Un maintien du blocage jusqu’à l’été, ou des dommages significatifs aux infrastructures énergétiques du Moyen-Orient, rendraient difficilement évitable un retournement du cycle économique mondial. Ce scénario d’enlisement, particulièrement défavorable pour les marchés, conserve selon nous une probabilité non négligeable, autour de 30 %.
Même dans notre scénario central, le choc énergétique et l’incertitude déjà observés devraient peser sur la croissance à court terme. Le ralentissement serait particulièrement marqué en Europe et en Asie hors Chine. Néanmoins, l’économie mondiale disposerait de facteurs de résilience : une dynamique encore solide en début d’année, des soutiens budgétaires importants et un cycle d’investissement toujours porteur dans la Tech.
Du côté de l’inflation, une hausse supplémentaire est attendue à court terme sous l’effet des prix de l’énergie. Toutefois, cette poussée resterait limitée dans sa diffusion aux autres biens et services et devrait se résorber progressivement.
En zone euro, la croissance serait réduite de moitié mais resterait positive, au-dessus de 0,5 % cette année. L’inflation demeurerait supérieure à la cible de 2 % à court terme avant d’y revenir l’an prochain. Aux États-Unis, le ralentissement serait plus modéré, mais les pressions inflationnistes plus persistantes.
Face à cette situation, les banques centrales maintiendraient une posture prudente. Elles resteraient légèrement plus restrictives qu’anticipé avant la crise afin de préserver leur crédibilité, tout en tenant compte du caractère temporaire et récessif du choc. La BCE pourrait relever ses taux une dernière fois, tandis que la FED repousserait toute baisse de taux à l’année prochaine.
À moyen terme, notre scénario reste constructif sur les actions. Le rebond récent s’appuie sur une progression des bénéfices des entreprises en début d’année, si bien que les valorisations restent encore légèrement inférieures à leurs niveaux d’avant-crise, de l’ordre de 5 %. Par ailleurs, la hausse des marchés est restée différenciée selon les secteurs, ce qui témoigne d’un appétit pour le risque normalisé plutôt qu’excessif.
Toutefois, les marchés semblent désormais intégrer un scénario relativement favorable sur le plan géopolitique et énergétique, alors même que des risques significatifs subsistent. Les anticipations de bénéfices pourraient donc être révisées légèrement à la baisse dans les prochains mois, notamment en Europe.
Dans ce contexte, nous réduisons notre surexposition aux actions sans adopter une posture défensive. Nous privilégions les marchés américains et émergents, jugés plus résilients, au détriment des actions européennes et japonaises.
Sur le segment des obligations, nous maintenons une surpondération des obligations souveraines, en particulier en zone euro et sur les maturités courtes. La remontée des taux d’intérêt depuis le début du conflit reflète des anticipations élevées en matière d’inflation et de politique monétaire, qui nous semblent excessives au regard du ralentissement attendu de la croissance et du caractère en grande partie temporaire du choc inflationniste.
Les taux pourraient donc partiellement refluer, sans toutefois retrouver leurs niveaux d’avant-crise, compte tenu de perspectives budgétaires et monétaires moins favorables.
Concernant les obligations d’entreprise, nous continuons de privilégier le crédit de qualité, dont les fondamentaux restent solides et permettent de bénéficier d’un portage attractif. En revanche, nous réduisons notre exposition aux segments les plus risqués. Les primes offertes apparaissent désormais limitées au regard des incertitudes persistantes, notamment liées aux transformations structurelles et aux tensions sur le crédit privé américain.