Face au choc géopolitique actuel, comment naviguer sur les marchés ?

Vu(es) sur les marchés13.04.2026

Vidéo tournée le 10  avril 2026.

Le choc énergétique provoqué par les tensions autour du détroit d’Ormuz pèse lourdement sur les prix du pétrole et du gaz, fragilisant les perspectives de croissance mondiale à l’horizon 2026. Dans ce contexte géopolitique toujours instable, comment naviguer sur les marchés financiers ? Éléments de réponse avec Sebastian Paris Horvitz, Directeur de la recherche chez LBP AM, dans notre rendez-vous « Vu(es) sur les marchés ».
​​​​​​​

Un premier pas vers la paix ? Le cessez-le-feu dans la guerre initiée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a été accueilli comme un soulagement par les marchés. Néanmoins, ce conflit a déclenché un choc historique sur les marchés de l’énergie, marqué par le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % de la production mondiale de pétrole. Dans ce contexte, le prix du baril s’est envolé, atteignant près de 100 dollars au cours du mois de mars.

Si l’annonce du cessez-le-feu a entraîné un léger reflux des prix du pétrole et du gaz, ceux-ci demeurent à des niveaux élevés, tout comme les incertitudes, renforcées par l’échec des négociations.

L’économie mondiale face au choc énergétique 

Ce choc est venu interrompre des perspectives de croissance initialement plutôt favorables pour l’économie mondiale en 2026. Ces perspectives reposaient largement sur d’importantes politiques budgétaires de soutien à l’économie, notamment aux États-Unis, en Allemagne et au Japon, ainsi que sur des politiques monétaires devenues plus neutres, voire accommodantes.

Par ailleurs, les effets négatifs du choc tarifaire imposé par les États-Unis en 2025, en particulier sur la confiance, commençaient à s’estomper.

À court terme, ce choc énergétique est évidemment défavorable à la croissance et exerce une pression haussière sur l’inflation. Son ampleur dépendra étroitement de sa durée. La probabilité de scénarios plus négatifs ne peut être écartée, notamment si le conflit venait à se prolonger.

Toutefois, nous continuons de considérer qu’un scénario d’accalmie durable reste le plus probable. Américains et Iraniens ont, pour des raisons différentes, un intérêt commun à sortir de cette crise. Pour le président Trump, ce conflit est économiquement et politiquement très coûteux à l’approche des élections législatives de mi-mandat. Pour les nouveaux dirigeants iraniens, le retour à la stabilité constitue également un enjeu majeur.

Dans cette optique, si une sortie de crise progressive se matérialisait d’ici la fin du mois, les forces qui soutenaient la conjoncture en début d’année pourraient redevenir dominantes. La réouverture du détroit d’Ormuz permettrait en outre aux prix de l’énergie de converger vers des niveaux proches de ceux observés avant le conflit.

Quelle allocation d’actifs dans ce contexte ? 

À très court terme, une certaine prudence reste de mise face à la persistance du brouillard géopolitique. Notre scénario central demeure néanmoins constructif pour les marchés : une sortie de crise devrait progressivement restaurer la confiance et favoriser un regain de prise de risque.

Nous estimons que l’effet inflationniste lié à la hausse des prix de l’énergie devrait se dissiper relativement rapidement, d’autant plus que la croissance pourrait temporairement ralentir avant de se redresser. Cette configuration devrait inciter les banques centrales à maintenir des politiques monétaires globalement neutres. En particulier, nous n’anticipons pas de durcissement marqué de la politique monétaire de la BCE.

Dans ce contexte, face à des anticipations de marché orientées vers davantage de rigueur, notre analyse plus modérée nous conduit à surpondérer les obligations souveraines, en particulier sur les maturités courtes et intermédiaires en zone euro.

Concernant les obligations d’entreprise, nous adoptons une position relativement neutre. Cette classe d’actifs a relativement bien résisté pendant la crise, ce qui limite aujourd’hui son potentiel de rebond, en particulier sur les segments les plus risqués, alors que les primes de risque restent faibles. Nous privilégions donc le crédit de qualité et restons très sélectifs dans notre exposition au High Yield.

Enfin, nous considérons qu’une surexposition aux actions demeure justifiée. Même si des ajustements à la baisse des prévisions de bénéfices sont possibles, la reprise de la croissance attendue sur le reste de l’année devrait soutenir cette classe d’actifs. Les marchés américains, dont les valorisations sont devenues un peu moins exigeantes, pourraient ainsi connaître un rebond plus marqué.

La Chine, bénéficiant d’une meilleure résilience de son économie face au choc énergétique, devrait également bien performer. Les marchés européens, légèrement en retrait, devraient eux aussi retrouver une dynamique plus favorable. À l’inverse, nous conservons une approche plus prudente sur le Japon, en raison notamment du risque d’une appréciation plus marquée de la devise.

Nos dernières actualités